Il y a 300 000 ans, des singes vivaient dans le nord de l'Allemagne
Une dent de lait vieille de plus de 300 000 ans, découverte à Schöningen, atteste la présence de macaques dans le nord de l’Allemagne. C’est la trace la plus septentrionale de ces singes en Europe continentale.
Une dent de lait de macaque, vieille de plus de 300 000 ans, a été découverte à Schöningen, dans le nord de l’Allemagne. Cette découverte a été réalisée par des chercheurs des universités de Leyde (Pays-Bas) et de Tübingen (Allemagne), en collaboration avec le Centre Senckenberg pour l’évolution humaine et le paléoenvironnement. La dent, mesurant moins d’un centimètre, appartenait à un jeune macaque âgé d’environ un an. Elle constitue la preuve la plus septentrionale de ce primate en Europe continentale, repoussant ainsi les limites connues de son aire de répartition. Le site de Schöningen est célèbre pour ses vestiges paléolithiques remarquablement conservés, offrant un aperçu précieux sur l’environnement et le climat de l’époque.
La dent appartient à une espèce de macaque proche du magot (Macaca sylvanus), le seul macaque originaire d’Afrique du Nord. Toutes les autres espèces de macaques vivent en Asie. Le terme « cf. » (abréviation de confer, signifiant « à comparer avec » en latin) indique que la dent appartient à une forme très proche, mais pas identique, au magot actuel. Cette espèce est aujourd’hui en danger critique d’extinction, avec une population sauvage estimée à environ 8 000 individus, principalement dans les montagnes d’Algérie et du Maroc. Une petite population existe également à Gibraltar, mais elle a été introduite par l’humain.
Il y a environ 310 000 ans, la région de Schöningen abritait une forêt claire composée de bouleaux et de pins. Les températures moyennes d’été et d’hiver étaient similaires à celles d’aujourd’hui, mais les hivers étaient plus froids d’au moins un degré, signe d’un climat plus continental. Ce type de paysage boisé correspond aux besoins écologiques des macaques, qui dépendent des arbres pour se nourrir et se protéger. Bien que ces singes passent la majeure partie de leur journée au sol, ils grimpent aux branches pour échapper aux prédateurs.
Le genre Macaca est apparu il y a environ 16 millions d’années, probablement en Afrique du Nord, durant le Miocène (une période géologique s’étendant de -23 à -5 millions d’années). Le magot s’est ensuite répandu autour de la Méditerranée, puis vers le nord de l’Europe, comme en témoignent des fossiles découverts en Espagne, en Italie, en Grèce, aux Pays-Bas, en Allemagne et même en Angleterre. Schöningen marque ainsi la limite septentrionale potentielle de son aire de répartition. L’espèce a ensuite disparu d’Europe lors de la dernière glaciation, en raison de changements climatiques, de la perte d’habitat et probablement de la pression exercée par les premiers humains.
Aujourd’hui, le magot est en danger critique d’extinction. Son habitat naturel se réduit en raison de l’urbanisation, de l’agriculture intensive et des changements climatiques. De plus, ces singes sont souvent capturés pour être vendus comme animaux de compagnie, ce qui aggrave leur déclin. Jordi Serangeli, co-directeur des fouilles à Schöningen, souligne l’urgence de protéger cette espèce, proche cousine de l’humain. Leur disparition représenterait une perte majeure pour la biodiversité, alors que leur histoire évolue sur le continent européen depuis des millions d’années.

