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À la tête de l’ONU, l’heure d’une femme a-t-elle enfin sonné ?

The Conversation France · mis à jour il y a 16 j

L’ESSENTIEL Depuis le mois de juin, les auditions ont commencé à New York pour désigner le ou la prochaine secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies. Mais la bataille dépasse largement les murs du siège de l’ONU.

Succession à l'ONU

En décembre 2026, l’Organisation des Nations unies (ONU) devra désigner un nouveau ou une nouvelle secrétaire générale pour remplacer António Guterres, dont le mandat prend fin le 31 décembre 2026. Ce poste, souvent décrit comme le plus impossible au monde, est crucial car il incarne l’autorité morale et diplomatique de l’organisation. L’ONU traverse une période de crises multiples : guerre en Ukraine, tensions sino-américaines, conflit à Gaza, endettement des pays du Sud global et remise en cause du multilatéralisme. La désignation d’une nouvelle personnalité à sa tête représente donc une opportunité de redynamiser une institution fragilisée par le désengagement d’États comme les États-Unis, qui réduisent leurs financements et contournent ses mécanismes de coopération.

Règles de désignation

Selon l’article 97 de la Charte de l’ONU adoptée en 1945, le ou la secrétaire générale est nommé·e par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. En pratique, ce dernier, composé de 15 membres dont 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) avec un droit de veto, détermine seul·e le choix final. Les autres États membres ne font que valider formellement la décision. Depuis 2015, la procédure a été légèrement assouplie : les candidatures sont désormais publiques et les candidat·es présentent leur vision lors d’auditions retransmises en direct. Cependant, le rôle central du Conseil de sécurité et de ses membres permanents reste inchangé, limitant la marge de manœuvre des autres États.

Enjeux géopolitiques

Traditionnellement, la rotation géographique des secrétaires généraux suit un tour informel par continent. En 2026, l’Amérique latine est pressentie pour occuper ce poste, une région qui n’a pas de siège permanent au Conseil de sécurité mais qui a déjà fourni un secrétaire général, le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar (1982-1991). Par ailleurs, l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme depuis sa création en 1945, ce qui rend cette élection symboliquement importante. Les États du Sud global et les organisations de défense des droits des femmes poussent pour une alternance de genre. Cependant, aucun·e secrétaire général·e n’a jamais été issu·e des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, une convention non écrite mais respectée pour garantir l’indépendance du poste.

Candidats en lice

Six candidatures officielles ont été déposées pour succéder à António Guterres. Quatre d’entre elles dominent les discussions : Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, défend une vision progressiste axée sur les droits humains, l’égalité de genre et la justice sociale. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), met en avant des réformes institutionnelles et le développement économique. Rafael Grossi, diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), insiste sur la crédibilité stratégique de l’ONU et une réforme budgétaire. Enfin, Macky Sall, ancien président du Sénégal, plaide pour une meilleure représentation de l’Afrique et une amélioration de l’efficacité des agences onusiennes.

Profil de Michelle Bachelet

Michelle Bachelet est considérée comme la candidate la plus prometteuse en raison de son expérience solide : deux mandats de présidente du Chili, ancienne ministre de la Défense, directrice exécutive d’ONU Femmes et haute-commissaire aux droits de l’homme. Elle incarne une approche du multilatéralisme qui lie paix, développement et droits humains. Son parcours personnel, marqué par son opposition à la dictature chilienne de Pinochet (arrestation et torture en 1975, exil), renforce sa légitimité. Bachelet a lancé des initiatives concrètes comme un agenda mondial contre les violences faites aux femmes, avec des résultats au Cambodge et en Zambie. Cependant, sa candidature est politiquement sensible : certains gouvernements occidentaux lui reprochent sa prudence face à la Chine, tandis que des milieux conservateurs américains critiquent ses positions sur les droits et libertés. Malgré le retrait du soutien du Chili en mars 2026 après l’élection d’un président d’extrême droite, elle conserve un large réseau diplomatique dans les milieux progressistes.

Ce que ça pourrait changer

La désignation du ou de la secrétaire générale ne se limite pas aux auditions officielles. Une **diplomatie de couloir** (*corridor diplomacy*) intense se déroule en marge des négociations, notamment entre les membres permanents du Conseil de sécurité. Cette élection intervient dans un contexte de remise en cause du multilatéralisme, avec la montée des puissances émergentes (BRICS), les rivalités sino-américaines et la création de structures concurrentes comme le G7, le G20 ou l’OTAN. L’ONU doit prouver sa pertinence face à ces alternatives. Le ou la futur·e secrétaire général·e devra donc être capable de dialoguer avec des dirigeants aux orientations politiques très différentes et de restaurer la confiance entre les grandes puissances. La personnalité choisie devra aussi incarner une vision humaniste et progressiste pour relancer l’institution.

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