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Environnement

« La terre, c'est la vie » : à Bagnolet

Reporterre · mis à jour il y a 21 j

Des pommes de terre et des haricots au pied des immeubles, des salades dans les jardinières... Dans le quartier de La Noue, à Bagnolet, les habitants récupèrent un peu de terre au cœur du béton.

Origine du projet

À Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, un projet nommé « La terre, c’est la vie » a été lancé pour transformer des espaces urbains en potagers. Ce projet s’inscrit dans une démarche de réappropriation des sols par les habitants, souvent sur des terrains laissés à l’abandon ou recouverts de béton. L’initiative est portée par des collectifs locaux et des associations, comme Alternatiba Bagnolet, qui militent pour une ville plus verte et plus résiliente face aux crises écologiques. Le terme « potagers pirates » désigne des cultures installées sans autorisation préalable sur des terrains publics ou privés, en réaction à la spéculation immobilière et à la bétonisation des villes. Ces actions s’appuient sur le principe de l’agriculture urbaine, qui consiste à cultiver des aliments en milieu urbain pour réduire l’empreinte écologique et renforcer les liens sociaux.

Objectifs écologiques

Les potagers pirates de Bagnolet visent plusieurs objectifs environnementaux. D’abord, ils permettent de désimperméabiliser les sols, c’est-à-dire de réduire la couverture de béton qui empêche l’eau de s’infiltrer dans la terre, un phénomène qui aggrave les risques d’inondations en cas de pluies intenses. Ensuite, ces cultures favorisent la biodiversité en créant des habitats pour les insectes pollinisateurs et les micro-organismes du sol. Enfin, elles réduisent l’empreinte carbone liée au transport des aliments, puisque les légumes sont cultivés localement. Selon les porteurs du projet, ces potagers pourraient produire jusqu’à 500 kg de légumes par an sur une surface de 1 000 m², une quantité significative pour une ville densément peuplée comme Bagnolet, qui compte environ 35 000 habitants.

Acteurs et mobilisation

Le projet « La terre, c’est la vie » est porté par un collectif d’habitants, d’associations et d’élus locaux. Parmi les acteurs clés, on retrouve Alternatiba Bagnolet, une antenne locale du mouvement écologiste Alternatiba, qui organise des ateliers de sensibilisation et des chantiers participatifs pour impliquer les riverains. D’autres groupes, comme Les Soulèvements de la Terre, un mouvement militant pour la justice climatique, soutiennent l’initiative en apportant des ressources logistiques et juridiques. Les participants sont majoritairement des bénévoles, mais certains bénéficient de subventions municipales ou de partenariats avec des structures comme Réseau AMAP Île-de-France, qui promeut une agriculture locale et solidaire. Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de résilience urbaine, où les citoyens prennent en main leur environnement face à l’inaction des pouvoirs publics.

Défis et tensions

Malgré son succès, le projet fait face à plusieurs défis. Le premier est d’ordre juridique : les potagers pirates sont souvent installés sur des terrains dont la propriété est floue ou contestée, ce qui expose les participants à des risques de poursuites pour occupation illégale. Par exemple, en 2022, un potager pirate à Bagnolet a été menacé de destruction par la mairie, qui invoquait des règles d’urbanisme. Un autre enjeu est la pérennité des cultures : sans accès à l’eau ou à des sols de qualité, certaines parcelles peinent à produire des récoltes abondantes. Enfin, le projet doit composer avec l’opposition de certains habitants ou commerçants, qui voient d’un mauvais œil ces initiatives jugées désordonnées ou peu esthétiques. Pour surmonter ces obstacles, les porteurs du projet misent sur la pédagogie et la médiation, en organisant des réunions publiques pour expliquer leurs actions.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà de ses bénéfices écologiques, *« La terre, c’est la vie »* a un impact social et politique notable. Les potagers pirates deviennent des lieux de rencontre et de solidarité entre voisins, renforçant le lien social dans des quartiers souvent marqués par l’isolement. Ils offrent aussi une réponse concrète aux problèmes de précarité alimentaire, en permettant aux participants de cultiver des légumes à moindre coût. Sur le plan politique, le projet interroge la gestion des espaces urbains par les municipalités. En 2023, la mairie de Bagnolet a finalement accordé un droit d’usage pour certains potagers, reconnaissant ainsi leur légitimité. Cette reconnaissance est perçue comme une victoire par les militants, qui y voient une étape vers une ville plus *démocratique* et *écologique*. Le projet inspire d’autres initiatives similaires en France, comme à Paris ou à Lyon, où des collectifs s’emparent aussi de friches urbaines pour les transformer en espaces cultivables.

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