Appel à légiférer pour «obliger» Québec à financer la lutte contre l’itinérance
Louis Audet, de la Mission Old Brewery, demande aux partis politiques de s’engager à légiférer et financer l’aide..
Au Québec, la crise de l’itinérance touche environ 5000 personnes à Montréal, selon les estimations les plus récentes. Ce chiffre ne comprend pas les personnes en situation d’itinérance invisible, c’est-à-dire celles qui ne dorment pas dans la rue mais qui n’ont pas de logement stable, comme des personnes hébergées temporairement chez des proches ou dans des refuges. La situation est jugée insuffisante par les organismes d’aide, car les solutions actuelles ne permettent pas de résoudre durablement le problème. Louis Audet, président de la Mission Old Brewery, un organisme d’aide aux sans-abri, souligne que le système actuel repose sur des mesures temporaires, comme des refuges ou des aides ponctuelles, plutôt que sur des solutions structurelles comme la construction de logements abordables. Cette approche est qualifiée de band-aid (pansement), car elle ne traite pas la cause profonde du problème.
Louis Audet, également président du conseil d’administration de Cogeco, propose d’adopter une loi pour obliger le gouvernement du Québec à financer activement la lutte contre l’itinérance. Cette loi aurait deux objectifs principaux : d’abord, contraindre les villes ou d’autres entités à loger et soigner les personnes sans-abri, puis à fournir les fonds nécessaires pour y parvenir. Audet a présenté cette demande aux partis politiques en campagne pour les élections de 2026, lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il insiste sur la nécessité pour le gouvernement de prendre la situation au sérieux et de reconnaître que des investissements financiers importants sont indispensables pour résoudre la crise.
Pour illustrer l’ampleur des besoins, Louis Audet a calculé le coût d’un plan de relogement pour les 5000 personnes itinérantes de Montréal. Selon ses estimations, il faudrait environ 1,2 milliard d’euros sur 10 ans pour reloger ces personnes. Ce montant inclut 200 millions d’euros par an pendant 5 ans pour la construction de logements, ainsi que 200 millions d’euros par an pendant 9 ans pour les frais d’accompagnement et de fonctionnement. Pour l’ensemble du Québec, où l’on compte environ 7000 personnes en situation d’itinérance visible hors de Montréal, le coût total est estimé à 2,4 milliards d’euros. Audet précise que ces chiffres sont des estimations et pourraient évoluer en fonction de la situation.
Les organismes d’aide, comme la Mission Old Brewery, se retrouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale : ils doivent à la fois gérer des projets de construction de logements et organiser des structures financières complexes, alors que leur mission principale est d’accompagner les personnes en situation d’itinérance. Audet explique que cette situation est due à un manque de financement stable et prévisible de la part du gouvernement. Les organismes sont donc contraints de consacrer une grande partie de leur énergie à trouver des financements auprès de Québec et d’Ottawa, plutôt qu’à offrir des services directs aux personnes dans le besoin. Une loi contraignant le gouvernement à financer la lutte contre l’itinérance permettrait aux organismes de se recentrer sur leur mission première.
Louis Audet évoque la nécessité d’un nouveau contrat social pour financer la lutte contre l’itinérance. Ce concept désigne un engagement collectif et politique pour reconnaître que l’accès à un logement et à des soins est un droit fondamental, au même titre que l’éducation ou la santé. Audet reconnaît que cette approche nécessitera des sacrifices budgétaires, car le gouvernement devra réallouer des fonds ou augmenter les dépenses publiques. Il souligne que le principal obstacle n’est pas financier, mais politique et social : le phénomène du not in my backyard (NIMBY, « pas dans ma cour »), où des citoyens s’opposent à la construction de logements sociaux dans leur quartier par crainte de voir baisser la valeur de leur propriété ou de voir leur cadre de vie modifié.
Louis Audet a appelé les cinq principaux partis politiques en campagne pour les élections de 2026 à s’engager à adopter une loi contraignant le gouvernement à financer la lutte contre l’itinérance. Il suggère que ces partis organisent un sommet non partisan sur le sujet, similaire à celui proposé par l’ancienne première ministre Pauline Marois. Cependant, Audet précise que ce sommet devrait se concentrer sur les modalités pratiques (*qui* sera responsable, *comment* les fonds seront utilisés, *quand* les actions seront mises en place), et non sur la définition des objectifs, qu’il juge déjà établis par sa proposition. Il espère que les partis reconnaîtront l’urgence de la situation et intégreront cette priorité dans leurs programmes électoraux.

