Appel à légiférer pour «obliger» Québec à financer la lutte contre l’itinérance
Alors que la crise de l’itinérance s’aggrave au Québec, un acteur majeur du secteur, Louis Audet de la Mission Old Brewery, propose une solution radicale : une loi contraignante pour forcer l’État à financer durablement la lutte contre ce phénomène. Son appel, lancé en pleine campagne électorale, interroge la capacité des partis à trancher entre priorités budgétaires et urgence sociale, révélant les limites d’un système actuel jugé trop fragmenté et sous-financé.
Quelle est la proposition concrète avancée par Louis Audet pour résoudre la crise de l’itinérance au Québec ?
Louis Audet propose l’adoption d’une loi qui obligerait le gouvernement du Québec à financer la lutte contre l’itinérance, en ciblant d’abord la construction de logements sociaux comme première étape. Cette loi s’inspirerait des recommandations du Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance, tout en ajoutant une dimension contraignante pour l’État, afin de centraliser les efforts et éviter la dispersion des ressources actuelles.
Quels sont les montants estimés par Audet pour reloger les personnes itinérantes à Montréal et au Québec, et sur quelles bases ces chiffres reposent-ils ?
Pour Montréal, où environ 5 000 personnes sont en situation d’itinérance visible, Audet estime le coût à 1,2 milliard de dollars sur 10 ans, incluant 200 millions par an pendant cinq ans pour la construction de logements et 200 millions supplémentaires sur neuf ans pour l’accompagnement et le fonctionnement. À l’échelle provinciale, il évoque une estimation de 2,4 milliards de dollars, en extrapolant à partir des 7 000 personnes itinérantes hors Montréal, avec des coûts de construction généralement moins élevés en dehors de la métropole.
Pourquoi Audet critique-t-il le système actuel de lutte contre l’itinérance, et quel rôle jouent les organismes comme la Mission Old Brewery dans ce système ?
Audet dénonce un système où les organismes doivent se transformer en gestionnaires de projets immobiliers et financiers pour pallier l’absence de financement stable de l’État, au détriment de leur mission première d’accompagnement. Il souligne que cette situation, vécue par la Mission Old Brewery et d’autres acteurs, illustre l’insuffisance des solutions ponctuelles et l’urgence d’un cadre légal contraignant pour garantir un financement pérenne.
Comment Audet répond-il à l’argument selon lequel un tel financement serait irréaliste dans le contexte actuel de déficit public ?
Pour Audet, ignorer l’itinérance n’est pas un choix budgétaire neutre : il défend l’idée que les sacrifices nécessaires doivent être assumés dans une logique de nouveau contrat social, où l’itinérance serait intégrée aux programmes gouvernementaux prioritaires. Il reconnaît que des arbitrages seront difficiles, notamment face au syndrome « not in my backyard », mais insiste sur l’absence de solution alternative viable à long terme.
Ce que ça pourrait changer
Si cette proposition était adoptée, elle pourrait bouleverser la gouvernance de la lutte contre l’itinérance au Québec en imposant une responsabilité claire à l’État, mais risquerait aussi de cristalliser des tensions sur la répartition des budgets publics. Elle soulève par ailleurs la question de la faisabilité politique d’un tel engagement, dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont déjà contraintes. Enfin, elle met en lumière la nécessité de repenser les priorités sociales, au-delà des solutions d’urgence actuelles.

