Eurostar exige des TGV capables de supporter des étés “de type saoudien”
La compagnie ferroviaire Eurostar, dont la SNCF est l’actionnaire majoritaire, se prépare à des températures susceptibles d’atteindre 55 °C en été d’ici à 2050. L’entreprise, qui a passé une commande importante à Alstom, a décidé de faire évoluer les spécifications thermiques des futures rames, rapporte le “Financial Times”..
Eurostar, la compagnie ferroviaire reliant plusieurs pays européens dont la France, le Royaume-Uni et la Belgique, a dû revoir ses exigences techniques pour ses futurs trains en raison des vagues de chaleur de plus en plus intenses. Jusqu’à présent, les trains étaient conçus pour résister à des températures extérieures maximales de 45 °C. Désormais, Eurostar exige des rames capables de supporter des températures allant jusqu’à 55 °C, un niveau comparable à celui enregistré en Arabie saoudite. Cette décision fait suite à des canicules répétées, comme celle de juin 2023 au Royaume-Uni où les températures ont atteint 37,7 °C pendant plusieurs jours. Les prévisions du Met Office, équivalent britannique de Météo France, indiquent que des pics à 45 °C pourraient survenir dès 2056 en Angleterre, avec des vagues de chaleur prolongées. Ces modifications visent à adapter le matériel roulant à un climat en mutation, où les étés deviennent de plus en plus extrêmes.
Les nouvelles exigences d’Eurostar concernent principalement les systèmes de climatisation des futurs trains, appelés Eurostar Celestia, dont la livraison est prévue à partir de 2030. Les composants des unités de climatisation doivent désormais être conçus pour résister à des températures bien plus élevées que précédemment. Ce changement technique s’inscrit dans une stratégie d’adaptation au réchauffement climatique, car ces trains devront rester en service pendant environ trente ans. Eurostar a déjà mis en place un plan Solstice depuis 2022, incluant des tests quotidiens des systèmes de climatisation et davantage de créneaux pour la maintenance. Cependant, la compagnie a jugé nécessaire d’aller plus loin en intégrant ces nouvelles normes dans sa commande passée au constructeur Alstom, pour un montant total de 2 milliards d’euros. Ce contrat porte sur une cinquantaine de trains destinés à circuler dans six pays : la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse, ainsi que dans le tunnel sous la Manche.
Eurostar opère dans un contexte géographique et climatique varié, traversant des régions soumises à des températures parfois extrêmes. La décision de renforcer les spécifications techniques des trains s’inscrit dans une logique d’anticipation des effets du dérèglement climatique. Gwendoline Cazenave, directrice générale d’Eurostar, a souligné que cette adaptation était devenue indispensable après les vagues de chaleur successives de 2022, qui ont révélé les limites des infrastructures existantes. Le constructeur Alstom, déjà expérimenté dans la conception de trains *tropicalisés* pour des pays comme le Maroc, est chargé de répondre à ces nouvelles exigences. Ces modifications visent à garantir la fiabilité et le confort des voyageurs, tout en assurant la pérennité du réseau ferroviaire face aux aléas climatiques futurs. L’enjeu est double : répondre aux besoins immédiats tout en préparant l’avenir sur le long terme.

