PFAS : l'Europe baisse drastiquement le seuil tolérable d'exposition aux TFA
Mercredi 22 juillet, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a divisé par 3,6 ce qu'elle considère être la dose journalière admissible de TFA que les consommateurs pouvaient ingérer sans risque. L'acide trifluoroacétique, ou TFA , est le plus petit des PFAS , ces polluants éternels issus de l'industrie et de l'agriculture, omniprésents dans l'environnement.
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques, utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. Parmi eux, les TFA (acides trifluoroacétiques) sont des sous-produits souvent issus de la dégradation d’autres PFAS ou de leur fabrication. Ces substances sont surnommées « polluants éternels » car elles ne se décomposent pas naturellement dans l’environnement et s’accumulent dans les sols, l’eau et les organismes vivants. Leur persistance les rend particulièrement dangereuses, même à faible dose. L’Union européenne (UE) réglemente désormais strictement leur présence dans l’eau potable et les aliments, en raison de leurs effets potentiels sur la santé humaine, comme des perturbations endocriniennes ou des risques de cancer.
L’UE a adopté en 2023 de nouvelles normes pour limiter l’exposition aux TFA, abaissant drastiquement leur seuil tolérable dans l’eau potable. Le niveau maximal admissible passe de 600 nanogrammes par litre (ng/L) à seulement 20 ng/L, soit une réduction de 97 %. Cette décision s’appuie sur des études récentes montrant que les TFA, même à faible concentration, pourraient avoir des effets néfastes sur la santé. Ces seuils, fixés par la directive européenne sur l’eau potable, s’appliquent à tous les États membres et doivent être transposés dans les législations nationales d’ici 2026. Les pays sont désormais tenus de surveiller activement la présence de ces substances et d’agir en cas de dépassement.
Les TFA proviennent principalement de deux sources : la dégradation d’autres PFAS utilisés dans les mousses anti-incendie, les textiles imperméables ou les ustensiles de cuisine, et leur rejet direct par certaines industries, comme les usines de production de pesticides ou de produits pharmaceutiques. En Europe, des études ont révélé des concentrations élevées de TFA dans les eaux souterraines et les rivières, notamment près des sites industriels ou des anciennes bases militaires où des mousses anti-incendie avaient été utilisées. Par exemple, en Allemagne, des analyses ont détecté des niveaux de TFA dépassant jusqu’à 10 fois le nouveau seuil européen dans certaines zones.
Les TFA sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire des substances capables d’interférer avec le système hormonal humain. Bien que les mécanismes exacts restent à éclaircir, des études épidémiologiques suggèrent un lien possible entre une exposition prolongée aux TFA et des troubles de la fertilité, des cancers (notamment du foie et des reins) ou des problèmes de développement chez les enfants. Contrairement à d’autres polluants, les TFA ne s’accumulent pas dans le corps humain de manière significative, mais leur persistance dans l’environnement expose les populations à une exposition chronique, même à faible dose. Les autorités sanitaires européennes insistent sur le principe de précaution, faute de données suffisantes sur leurs effets à long terme.
La nouvelle réglementation européenne a suscité des réactions contrastées parmi les États membres. Certains pays, comme l’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas, ont déjà commencé à adapter leurs politiques locales pour se conformer aux nouveaux seuils, en renforçant les contrôles et en investissant dans des technologies de dépollution. D’autres, comme la France, peinent à mettre en place des mesures efficaces en raison de la complexité des réseaux de distribution d’eau ou du manque de moyens techniques. Des associations environnementales, comme Générations Futures ou PAN Europe, saluent cette avancée mais critiquent le délai de trois ans accordé pour appliquer les nouvelles normes, jugé trop long face à l’urgence sanitaire.
Pour respecter les nouveaux seuils, les États membres doivent mettre en place des solutions techniques et financières. Parmi les pistes explorées, on trouve l’utilisation de **filtres à charbon actif** ou de **membranes d’osmose inverse** pour traiter l’eau potable, des méthodes coûteuses mais efficaces. Cependant, ces technologies ne sont pas encore déployées à grande échelle en Europe, en raison de leur coût élevé (estimé à plusieurs centaines de millions d’euros pour certains pays) et de leur consommation énergétique. Par ailleurs, la pollution par les TFA dépasse souvent le cadre local : ces substances voyagent avec les cours d’eau et peuvent contaminer des régions entières, rendant leur éradication complexe. Les experts soulignent la nécessité d’une coopération transfrontalière pour identifier les sources de pollution et développer des solutions durables.

