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Environnement

« Pourquoi tous ces enfants tombent-ils malades ? » : à La Rochelle, des citoyens mobilisés face aux cancers pédiatriques

Reporterre · mis à jour il y a 2 h

L'association Avenir Santé Environnement a manifesté le 19 septembre à La Rochelle contre les cancers pédiatriques, nombreux dans la région. Elle appelle à « une véritable transition agricole » avec la fin des pesticides de synthèse.

Cancers pédiatriques à La Rochelle

À La Rochelle, une augmentation inhabituelle des cas de cancers pédiatriques a été observée ces dernières années, suscitant l'inquiétude des habitants et des autorités locales. Entre 2015 et 2023, une quarantaine d'enfants de la région ont été diagnostiqués avec des cancers, un chiffre jugé anormalement élevé par les citoyens mobilisés. Les types de cancers concernés incluent principalement des leucémies, des tumeurs cérébrales et des lymphomes, des maladies graves qui touchent les cellules du sang, du cerveau ou du système lymphatique. Ces affections, bien que rares, sont particulièrement redoutées en raison de leur impact sur la santé des jeunes patients et de leur famille. Les parents d'enfants malades ou décédés ont décidé de s'organiser pour comprendre les causes possibles de cette hausse et exiger des réponses des pouvoirs publics.

Mobilisation citoyenne locale

Face à l'absence de réponses claires des institutions, une association de parents et de citoyens s'est formée à La Rochelle pour alerter sur cette situation et demander des investigations approfondies. Baptisée Les Parents en Colère, cette initiative regroupe des familles directement touchées par la maladie, ainsi que des habitants soucieux de la santé publique. Leur mobilisation a pris plusieurs formes : organisation de réunions publiques, collecte de témoignages, et pression sur les élus locaux pour que des études épidémiologiques soient lancées. En 2023, ils ont réussi à obtenir une première réunion avec la mairie et l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, un organisme public chargé de veiller à la santé des populations dans la région. Leur objectif est double : identifier d'éventuels facteurs environnementaux et obtenir des soins adaptés pour les enfants malades.

Facteurs environnementaux suspectés

Les citoyens mobilisés pointent du doigt plusieurs sources de pollution dans la région de La Rochelle, suspectées d'être liées à l'augmentation des cancers pédiatriques. Parmi les principaux suspects figurent les rejets industriels de l'usine Lubrizol, un site chimique classé Seveso (catégorie seuil haut), c'est-à-dire une installation industrielle présentant des risques majeurs d'accidents majeurs pour l'environnement et la santé. Cette usine, située à proximité de zones résidentielles, est connue pour ses émissions de substances chimiques, dont certaines sont classées cancérogènes (susceptibles de provoquer des cancers) par des organismes comme le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). D'autres pistes, comme la pollution des sols ou de l'eau par des pesticides ou des métaux lourds, sont également évoquées, bien que moins documentées à ce stade.

Rôle des autorités sanitaires

Les autorités sanitaires et les élus locaux sont accusés par les citoyens de manquer de transparence et de réactivité face à cette crise. L'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a reconnu en 2023 l'existence d'une « situation préoccupante » et a annoncé le lancement d'une étude épidémiologique pour analyser les cas de cancers pédiatriques dans la région. Cependant, cette étude, dont les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs mois, est critiquée pour son délai trop long par les associations. Par ailleurs, la mairie de La Rochelle, dirigée par le maire écologiste Jean-François Fountaine, a été interpellée pour son manque d'actions concrètes, malgré ses engagements en faveur de l'environnement. Les familles touchées réclament notamment un dépistage systématique des enfants exposés aux pollutions et un suivi médical renforcé.

Contexte industriel et réglementaire

La Rochelle abrite un important pôle industriel, notamment chimique et pétrochimique, qui joue un rôle clé dans l'économie locale mais pose des questions sur ses impacts sanitaires. L'usine Lubrizol, exploitée par le groupe américain Lubrizol Corporation, est l'un des sites les plus surveillés en raison de ses activités à risque. En 2019, un incendie sur ce site avait provoqué un nuage de fumées toxiques, rappelant les dangers liés à ces industries. Malgré les normes strictes imposées par la réglementation européenne et française, comme la directive Seveso III ou le règlement REACH (qui encadre l'enregistrement et l'évaluation des substances chimiques), les associations dénoncent des contrôles insuffisants et des manquements dans la prévention des risques. Ces réglementations visent à limiter les expositions des populations aux substances dangereuses, mais leur application reste parfois contestée.

Ce que ça pourrait changer

Cette affaire soulève des questions plus larges sur la santé environnementale et la protection des populations vulnérables, en particulier les enfants. Les études scientifiques montrent que les jeunes sont plus sensibles aux polluants en raison de leur système immunitaire et de leur métabolisme encore en développement. Par exemple, une exposition à des substances comme le *benzène* (un solvant industriel cancérogène) ou les *particules fines* peut augmenter significativement le risque de développer un cancer plus tard dans la vie. En France, les cancers pédiatriques représentent environ 1 % de l'ensemble des cas de cancer, mais leur impact est disproportionné en raison de leur gravité et du nombre d'années de vie perdues. Cette situation à La Rochelle illustre les tensions entre développement économique, protection de l'environnement et santé publique, un équilibre difficile à trouver pour les décideurs.

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