Why banning AI in the classroom will not be enough to remedy poor reading skills in a post-literary society
Policymakers are sounding the alarm about AI and social media in schools, as PISA’s latest report confirmed that student performance in reading continues to decline. French Education minister Édouard Geffray lamented the “cognitive destruction” of a generation, while his Spanish counterpart, Milagros Tolón, recommended a focused effort to improve reading because “reading is the foundation of everything”.
Selon le dernier rapport PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), les performances des élèves en lecture continuent de baisser, confirmant une tendance inquiétante dans plusieurs pays. En France, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a évoqué une « destruction cognitive » chez les jeunes générations, tandis qu'en Espagne, la ministre Milagros Tolón a souligné que la lecture était « la base de tout ». Le magazine The Economist a qualifié cette situation de « catastrophe lente », critiquant notamment les approches radicales de certains départements universitaires de sciences de l'éducation. Ces résultats ont conduit à des mesures politiques, comme l'interdiction récente des outils d'intelligence artificielle (IA) générative dans les écoles publiques de New York pour les élèves de 4 à 14 ans, annoncée par le maire Zohran Mamdani le 2 septembre 2026.
L'interdiction des outils d'IA dans les salles de classe, comme celle décidée à New York, est une mesure symbolique visant à protéger l'attention des enfants contre les technologies addictives. Bien que cette initiative puisse créer un environnement plus adapté aux jeunes élèves, elle ne traite que les symptômes d'un problème plus profond. Les politiques actuelles ignorent les causes structurelles du déclin de la lecture, notamment la transformation de notre société vers un modèle post-littéraire. Dans ce contexte, l'IA n'est qu'un élément récent d'une évolution plus large où les habitudes d'apprentissage et les capacités cognitives sont profondément modifiées par les nouvelles technologies.
Le théoricien Walter J. Ong, prêtre jésuite et professeur de littérature, a développé au XXe siècle une théorie expliquant le passage des sociétés orales aux sociétés littéraires. Selon lui, l'invention de l'écriture a transformé les modes de pensée en introduisant la notion de soi intérieur, permettant une réflexion solitaire et un apprentissage par l'étude. À l'inverse, les sociétés orales, comme celle de la Grèce antique avant Homère, privilégiaient un apprentissage relationnel et immédiat, basé sur l'écoute et l'imitation. Ong a également identifié une seconde oralité, liée aux technologies électroniques (radio, télévision, Internet), qui réintroduit des caractéristiques des sociétés orales, comme l'interactivité et la concentration sur le présent.
L'IA agit comme une « machine de désacralisation » du texte écrit. Dans les sociétés littéraires, le texte était fixe, rare et considéré comme une source de vérité immuable. Avec l'IA, le texte devient fluide, abondant et souvent peu fiable, similaire à un discours oral. Les chatbots, par exemple, produisent des réponses qui semblent expliquer elles-mêmes leur contenu, remettant en cause la notion traditionnelle de vérité écrite. Cette évolution explique pourquoi les élèves, confrontés à un monde où le texte n'est plus une autorité incontestée, pourraient paraître moins performants dans des tests conçus pour une ère littéraire, comme les évaluations PISA.
Le professeur danois Lars Ole Sauerberg a forgé l'expression Gutenberg Parenthesis (littéralement « parenthèse Gutenberg ») pour décrire une période de 500 ans, allant de l'invention de l'imprimerie à la fin du XXe siècle, où le texte écrit dominait comme support de connaissance. Pendant cette ère, le texte bénéficiait d'une autorité quasi sacrée en raison de sa fixité et de sa rareté. Aujourd'hui, avec l'essor du numérique et de l'IA, cette parenthèse est terminée. Le texte est désormais abondant, mutable et interactif, ce qui remet en cause les fondements des systèmes éducatifs conçus pour une société littéraire. Les tests PISA, créés en 2000, reflètent encore cette ancienne réalité, mesurant des compétences adaptées à un monde où l'attention prolongée sur un texte fixe était valorisée.
L'histoire montre que les tentatives de résistance face à une technologie dominante sont rarement efficaces. Dans le Phèdre de Platon, le roi Thamus refuse l'écriture, craignant qu'elle ne favorise l'oubli, mais cette résistance est elle-même préservée par l'écriture. De même, l'interdiction de l'IA dans les écoles ne peut empêcher la transformation des habitudes cognitives des élèves, car ces technologies façonnent déjà les attentes et les valeurs de la société. Les élèves, souvent plus conscients de ces changements que leurs enseignants ou leurs ministres, pourraient percevoir que les compétences évaluées par les tests ne correspondent plus aux réalités du monde contemporain.
Les résultats décevants des élèves en lecture ne doivent pas être interprétés comme une preuve de leur « stupidité », mais comme le signe d'une adaptation à un nouveau contexte technologique. Les sociétés orales, comme celle décrite par Homère, démontraient une grande sagesse sans pour autant maîtriser l'écriture. Plutôt que de chercher à restaurer un modèle littéraire en déclin, les systèmes éducatifs devraient intégrer les nouvelles formes de communication et d'apprentissage. Cela implique de repenser les méthodes d'enseignement, les évaluations et les objectifs pédagogiques pour refléter les réalités d'une société post-littéraire, où l'interactivité, la fluidité et l'adaptabilité priment.

