Why banning AI in the classroom will not be enough to remedy poor reading skills in a post-literary society
La baisse des compétences en lecture chez les adolescents, confirmée par les dernières données PISA, alimente un débat public centré sur l’interdiction de l’IA en classe. Pourtant, cette approche symptomatique néglige une transformation plus profonde : le passage d’une société littéraire à une société post-littéraire, où l’oralité numérique et l’interactivité redéfinissent les modes d’apprentissage. L’article interroge ainsi la pertinence des mesures réactives face à un changement structurel qui dépasse largement les technologies éducatives.
Quels sont les arguments avancés par les décideurs politiques pour justifier l’interdiction de l’IA dans les écoles, et en quoi ces justifications restent-elles superficielles selon l’article ?
Les responsables politiques, comme le ministre français de l’Éducation Édouard Geffray ou le maire de New York Zohran Mamdani, pointent du doigt l’IA et les réseaux sociaux comme responsables de la dégradation des compétences en lecture, évoquant une « destruction cognitive » ou une « catastrophe lente ». Cependant, l’article souligne que ces discours éludent la cause structurelle : le basculement d’une culture littéraire vers une culture orale et numérique, où l’écrit perd son autorité sacrée au profit d’une interactivité immédiate et fluide, bien au-delà des outils technologiques eux-mêmes.
Comment les théories de Walter J. Ong et Eric Havelock aident-elles à comprendre la crise actuelle des compétences en lecture ?
Ces deux auteurs montrent que l’écriture a autrefois transformé les sociétés en favorisant l’intériorité et la réflexion solitaire, au détriment de l’oralité relationnelle. Ong parle d’une « seconde oralité » portée par les médias numériques, où le dialogue et l’instantanéité reprennent le dessus. L’article applique cette grille de lecture à l’ère de l’IA : les élèves, baignant dans cette culture orale numérique, ne répondent pas à des tests conçus pour un monde littéraire révolu, d’où leur apparente « dimness » — une perception biaisée par des outils d’évaluation inadaptés.
Pourquoi l’article remet-il en cause l’idée que la lecture serait « la fondation de tout » dans l’éducation ?
L’article rappelle que les épopées homériques, fondements de la culture occidentale, ont été composées et transmises oralement par des sociétés analphabètes. Ainsi, la lecture ne serait qu’un maillon d’un processus plus large de transmission du savoir, lui-même dépendant de technologies (orale, écrite, numérique) qui structurent les modes d’apprentissage. La crise actuelle ne serait donc pas tant un déclin de la lecture qu’une inadéquation entre les méthodes pédagogiques et les nouvelles modalités de connaissance.
Ce que ça pourrait changer
Si les interdictions d’IA en classe peuvent protéger les plus jeunes d’une exposition précoce à des outils addictifs, elles risquent de masquer l’urgence d’adapter les systèmes éducatifs à une réalité où l’écrit, jadis fixe et sacré, est désormais fluide et interactif. À terme, cela pourrait creuser l’écart entre les compétences valorisées par l’école et celles requises par un marché du travail en mutation, tout en maintenant une vision nostalgique de l’éducation. La véritable question n’est donc pas de bannir l’IA, mais de repenser les fondements mêmes de l’apprentissage dans une société post-littéraire.

