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Géopolitique

Que sont devenues les économies des esclaves brésiliens ?

Courrier International · mis à jour il y a 16 j

XIXᵉ siècle – Brésil. Dernier pays des Amériques à avoir mis fin à l’esclavage, en 1888, le Brésil était aussi l’un des rares endroits au monde où les esclaves pouvaient acheter leur liberté.

Un esclave épargnant

En 1887, Ambrozio, un esclave au Brésil, a ouvert un compte d’épargne dans une banque publique nommée Caixa Econômica Federal. À cette époque, le Brésil était l’un des derniers pays du continent américain à maintenir l’esclavage, alors que la plupart des nations voisines l’avaient déjà aboli. Ambrozio, comme beaucoup d’esclaves, économisait chaque petite somme d’argent dans l’espoir d’acheter sa liberté. Le système bancaire brésilien permettait aux esclaves d’ouvrir des comptes, bien que leur statut juridique les réduise à des marchandises pouvant être achetées, vendues ou héritées. Le montant de son épargne s’élevait à 50 000 réais, une somme importante pour un esclave. Ce compte illustre la capacité des esclaves à gérer des ressources financières malgré leur condition, montrant une forme d’autonomie économique dans un système oppressif.

L'abolition et ses conséquences

En 1888, la princesse Isabelle du Brésil signe la loi d’or (Lei Áurea), mettant fin à plus de trois siècles d’esclavage dans le pays. Cette loi accorde la liberté à des centaines de milliers d’esclaves, dont Ambrozio, qui devient un homme libre. Quelques mois après l’ouverture de son compte, il retire ses 50 000 réais et le ferme définitivement. Cependant, tous les esclaves n’ont pas eu cette chance. Lidia, une blanchisseuse esclave à Rio de Janeiro, n’a jamais pu récupérer son argent. Son livret d’épargne la décrivait comme esclave de Maria Carlota Fortuna, un exemple des liens de propriété qui liaient les esclaves à leurs maîtres. Après l’abolition, Lidia cesse ses dépôts, mais son sort reste inconnu, symbolisant ceux qui n’ont pas pu bénéficier de leur épargne. La Caixa Econômica Federal, créée en 1861, était la seule institution bancaire publique du Brésil à l’époque, offrant aux esclaves une rare opportunité de sécuriser leurs économies.

Ce que ça pourrait changer

Le Brésil a été le dernier pays des Amériques à abolir l’esclavage, en 1888, alors que les États-Unis l’avaient fait en 1865 et Cuba en 1886. Cette particularité s’explique par l’importance économique de l’esclavage dans l’agriculture brésilienne, notamment pour la production de café et de sucre. La *Caixa Econômica Federal* jouait un rôle clé dans ce système en permettant aux esclaves d’épargner, bien que leur statut juridique les prive de droits fondamentaux. Les 50 000 réais d’Ambrozio équivaudraient aujourd’hui à plusieurs milliers d’euros, soulignant l’effort d’épargne des esclaves malgré leur exploitation. Le marché aux esclaves de Rio de Janeiro, représenté en 1812, illustre l’ampleur de ce commerce humain. Après l’abolition, beaucoup d’anciens esclaves, comme Lidia, n’ont pas pu accéder à leurs économies, faute de documents ou de moyens pour les récupérer.

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