Les entreprises qui passent à la semaine de quatre jours sont-elles plus productives ? Une étude menée sur 15 entreprises apporte des réponses
Réduire le temps de travail sans réduire le salaire ou les résultats : c’est le pari du modèle « 100 : 80 : 100 », mobilisé pour mettre en place la semaine de quatre jours dans les 15 entreprises étudiées par des chercheurs australiens. Israel Andrade/Unsplash , CC BY L’ESSENTIEL Une étude menée auprès de 15 entreprises australiennes montre que la semaine de quatre jours a été largement adoptée après les essais.
En 1930, l'économiste britannique John Maynard Keynes prédisait que les progrès technologiques permettraient de réduire le temps de travail à 15 heures par semaine, voire moins, d'ici un siècle. Cependant, cette vision ne s'est pas concrétisée. En Australie, les salariés travaillent en moyenne 3,6 heures supplémentaires non payées par semaine, selon une étude citée dans l'article. La semaine de quatre jours a émergé comme une solution concrète dès les années 1970, lors de la crise énergétique, mais c'est surtout la pandémie de Covid-19 qui a relancé son intérêt. Aujourd'hui, ce modèle est envisagé pour d'autres raisons : la guerre en Iran et Israël perturbe les approvisionnements en carburant, poussant à réduire les déplacements, tandis que les syndicats demandent une réduction du temps de travail. Enfin, des acteurs comme OpenAI, spécialiste de l'intelligence artificielle, suggèrent d'expérimenter cette organisation pour redistribuer les gains de productivité liés à l'IA.
Une étude publiée dans la revue Humanities and Social Sciences Communications du groupe Nature a analysé l'expérience de 15 entreprises australiennes ayant adopté la semaine de quatre jours selon le modèle «100:80:100». Ce modèle signifie que les salariés conservent 100 % de leur salaire tout en travaillant 80 % de leur temps habituel, à condition de maintenir 100 % de leur niveau de production. Les entreprises étudiées appartiennent à des secteurs variés, allant de la logistique à la santé en passant par l'édition, avec une taille allant de 2 à 85 salariés. Aucune des entreprises n'a constaté de baisse de productivité après l'adoption de ce modèle. Quatorze d'entre elles l'ont conservé, tandis qu'une seule a renoncé, en raison de changements organisationnels majeurs.
Contrairement à une idée reçue, la motivation principale des entreprises pour adopter la semaine de quatre jours n'était pas d'améliorer la productivité, mais de lutter contre l'épuisement professionnel, appelé burn out. Selon une enquête de 2025, un salarié australien sur deux est confronté à ce problème, avec une vulnérabilité accrue chez les jeunes et les parents. Six des entreprises étudiées ont cité cette raison comme leur principale motivation. Par exemple, une dirigeante d'une entreprise de technologies de santé a souligné l'importance de préserver l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle, ainsi que de mettre en place des stratégies de prévention du burn out. Une autre entreprise du secteur financier a adopté ce modèle pour aligner ses pratiques internes sur les conseils qu'elle donne à ses clients en matière de bien-être.
Les résultats de l'étude montrent que six des entreprises ont enregistré une augmentation de leur productivité après l'adoption de la semaine de quatre jours, tandis que les autres ont constaté une stabilité. Aucune entreprise n'a signalé de baisse de productivité. Les indicateurs utilisés pour évaluer ces résultats incluent le chiffre d'affaires, les bénéfices, le respect des délais de livraison des projets ou encore le Net Promoter Score, un indicateur mesurant la satisfaction et la fidélité des clients. Les entreprises ont attribué une note moyenne de 8,5 sur 10 à ce modèle. Parmi les entreprises ayant conservé ce modèle, certaines l'appliquent depuis près de huit ans, tandis que d'autres sont encore en phase d'essai.
L'étude présente plusieurs limites. Tout d'abord, le modèle «100:80:100» est encore récent, ce qui limite le nombre d'entreprises australiennes disponibles pour une analyse approfondie. Les chercheurs prévoient de suivre ces entreprises dans les années à venir pour évaluer la viabilité du modèle sur le long terme. Ensuite, les personnes interrogées étaient majoritairement des décideurs ayant joué un rôle clé dans la mise en place de la semaine de quatre jours, ce qui peut introduire un biais en faveur de cette expérimentation. Malgré ces réserves, l'étude suggère que la semaine de quatre jours mérite d'être explorée, notamment dans un contexte où le *burn out* au travail progresse et où les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle soulèvent des questions sur leur répartition.

