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La pollution plastique, grande oubliée du bilan carbone

The Conversation France · mis à jour il y a 2 h

L’ESSENTIEL Un T-shirt « climatiquement vertueux » peut émettre des millions de microplastiques : c’est l’angle mort du bilan carbone. Nous proposons un calcul systématique de l’empreinte plastique particulaire pour quantifier et contrer cette pollution ignorée par l’empreinte carbone.

Plastique et bilan carbone

Un objet en plastique peut sembler écologiquement vertueux en raison d’un bilan carbone faible, mais cacher une pollution massive invisible. Par exemple, une bouteille d’eau en plastique recyclé, dont le bilan carbone est bas, libère des millions de microplastiques tout au long de son existence, surtout après sa mise au rebut. Ces particules persistent pendant des décennies, voire des siècles, et contaminent l’air, les sols, les océans et même les organismes vivants, y compris les humains. Aujourd’hui, les outils comme le bilan carbone ou les analyses de cycle de vie (ACV) ne prennent pas en compte cette pollution particulaire, car ils se concentrent uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, cette faille conduit à des choix environnementaux trompeurs, où des matériaux comme le plastique semblent plus écologiques qu’ils ne le sont réellement.

L'empreinte plastique particulaire

Pour combler cette lacune, une équipe de chercheurs de l’Université de Montpellier et de l’Inrae a développé un nouvel indicateur : l’empreinte plastique particulaire (EPP). Cet outil mesure la masse totale de micro- et nanoplastiques qu’un objet libérera tout au long de sa vie, en distinguant deux types d’émissions : les émissions immédiates, qui surviennent pendant son usage (quelques années à une dizaine d’années), et les émissions différées, qui apparaissent bien après sa mise au rebut (des décennies, voire des siècles plus tard). Par exemple, un T-shirt en polyester émet 184 grammes de particules plastiques, soit près de 57 % de sa masse, principalement après sa durée d’utilisation. L’EPP permet ainsi de révéler l’impact réel des objets en plastique, souvent sous-estimé par les ACV classiques.

Décharges, sources de pollution

Les décharges ne sont pas des lieux de stockage inerte : elles deviennent des réservoirs de pollution plastique à long terme. Depuis 1950, 10,5 milliards de tonnes de plastique ont été enfouies sans être incinérées, et les émissions de particules plastiques issues des décharges s’accroîtront dans les décennies et siècles à venir. Pour une bouteille en PET, 83,8 % des émissions de particules sont différées, et pour un vêtement en polyester, ce taux atteint 87,6 %. Ces chiffres illustrent le paradoxe des décharges : elles ne font pas disparaître le plastique, mais le transforment en une source continue de pollution, transmettant une dette de toxicité aux générations futures. Aujourd’hui, ces émissions ne sont pas comptabilisées dans les bilans environnementaux officiels.

Recyclage et décyclage

Le recyclage est souvent présenté comme une solution pour réduire la pollution plastique, mais il existe deux types de recyclage : le recyclage en boucle fermée, qui permet de fabriquer les mêmes objets (par exemple, une bouteille devient une bouteille), et le décyclage, qui transforme le plastique en un matériau de moindre qualité (par exemple, une bouteille devient un vêtement). En Europe, seulement 12 % des bouteilles en plastique sont recyclées en boucle fermée, et moins de 0,5 % de la totalité des plastiques utilisés. Le décyclage, qui représente la majorité des pratiques, accélère la fragmentation du plastique. Par exemple, un vêtement issu d’une bouteille en PET décyclé émet 50 % de microfibres en plus à l’usage. Ainsi, le décyclage ne réduit pas l’empreinte plastique globale, mais la déplace dans le temps en augmentant les émissions immédiates.

Pneus et gazon synthétique

Un exemple concret de décyclage est l’utilisation des pneus usagés pour fabriquer du gazon synthétique. En Europe, 55 % des pneus usagés collectés sont transformés en granulats de caoutchouc pour ce type de gazon. Cependant, cette pratique augmente l’empreinte particulaire à court terme : l’empreinte particulaire passe de 12,2 % de la masse initiale (émise pendant l’usage des pneus) à 24,3 % après transformation. Ces granulats, exposés au soleil et aux frottements sur les terrains de sport, se fragmentent encore plus vite qu’un plastique vierge, libérant davantage de microplastiques dans l’environnement.

Ce que ça pourrait changer

L’*empreinte plastique particulaire* (EPP) ne remplace pas le bilan carbone, mais le complète en révélant son angle mort. Elle permet de mieux évaluer les impacts réels des objets en plastique et d’arbitrer entre des stratégies *bas carbone* et *bas plastique*. Sans cet indicateur, les décideurs politiques ne peuvent pas prioriser efficacement les actions pour réduire la pollution plastique. L’EPP ouvre la voie à des interventions en amont, comme la réduction des usages de plastiques non essentiels, et en aval, comme la dépollution des décharges existantes. Elle souligne une évidence : on ne peut pas réduire ce que l’on ne mesure pas. Les secteurs comme l’*agroalimentaire*, premier consommateur mondial de plastique, doivent intégrer cette approche pour éviter que les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’aggravent la crise de la pollution plastique.

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