Élections québécoises : et si on avait eu la proportionnelle?
Avec un mode de scrutin proportionnel, le portrait de l’Assemblée nationale aurait pu être bien différent, selon nos calculs..
Lors des élections québécoises de 2026, le Parti québécois (PQ) a obtenu 59 sièges avec 28 % des suffrages exprimés, tandis que le Parti libéral (PLQ) en a remporté 40. Le Parti conservateur (PCQ) et Québec solidaire (QS) ont respectivement obtenu 19 et 9 sièges. La Coalition avenir Québec (CAQ) n’a obtenu aucun siège malgré un nombre de votes supérieur à celui de QS. Ce mode de scrutin, appelé majoritaire uninominal à un tour, signifie que dans chaque circonscription, seul le candidat ayant obtenu le plus de voix est élu, même si ce score ne représente pas la majorité des votes. Cette méthode favorise souvent les grands partis et peut marginaliser les petits partis, comme la CAQ dans ce cas. Selon Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement démocratie nouvelle (MDN), ce système donne l’impression que de nombreux votes n’ont pas compté, ce qui n’est pas sain pour la démocratie.
Si le Québec avait utilisé un mode de scrutin proportionnel avec compensation régionale, les résultats auraient été différents. Le PQ aurait obtenu 48 sièges au lieu de 59, le PLQ 32 sièges au lieu de 40, et le PCQ 24 sièges au lieu de 19. La CAQ, avec autant de votes que QS, aurait pu envoyer 14 députés à l’Assemblée nationale au lieu de zéro. QS aurait conservé ses 9 sièges. Ce système vise à réduire l’écart entre le pourcentage de votes reçus par un parti et le nombre de sièges obtenus. Il repose sur deux votes : un pour élire un député dans une circonscription, et un autre pour choisir un parti, afin de compenser les sièges manquants et assurer une meilleure représentation des votes exprimés.
Avec le scrutin majoritaire actuel, le PQ détient 46,5 % des sièges à l’Assemblée nationale avec seulement 28 % des voix, ce qui illustre une forte distorsion. Ce système accentue les inégalités entre les partis, défavorisant les petits partis et ceux dont les voix sont dispersées géographiquement. Par exemple, la CAQ a été la grande perdante de ce scrutin, malgré un nombre de votes significatif. Jean-Pierre Charbonneau souligne que cette distorsion crée une Assemblée nationale peu représentative de la volonté populaire. La simulation montre que la proportionnelle permettrait de mieux refléter les intentions de vote des Québécois.
La simulation s’appuie sur le projet de loi 199, déposé en 2025 par Québec solidaire avec l’appui du PQ et du PCQ. Ce projet propose de diviser le Québec en 80 circonscriptions pour élire des députés, et en 17 régions électorales pour attribuer des sièges de compensation à partir de listes de candidats fournies par les partis. Le projet vise aussi à améliorer la représentation des femmes, des jeunes et des groupes sous-représentés. Par exemple, il impose aux partis de présenter entre 40 % et 60 % de candidatures féminines dans les circonscriptions et d’alterner les genres sur leurs listes régionales. Ces mesures pourraient augmenter la diversité à l’Assemblée nationale, où seulement 57 députées (44,9 %) ont été élues en 2026.
Les partisans de la réforme estiment que le scrutin proportionnel favoriserait la collaboration entre partis et réduirait les distorsions entre votes et sièges. Ils soulignent que ce système pourrait éviter des situations extrêmes, comme en 2022, où la CAQ a obtenu 90 sièges (72 % des élus) avec seulement 41 % des voix. Cependant, les opposants craignent une instabilité politique accrue, avec davantage de gouvernements minoritaires ou de coalitions. Ils critiquent aussi la création de deux classes de députés : ceux élus directement et ceux choisis sur des listes de partis. Certains estiment que ce système ne refléterait pas mieux les réalités régionales, comme la surreprésentation du PQ dans l’Est-du-Québec ou du PLQ à Laval.
Pendant la campagne électorale de 2026, seul Québec solidaire a clairement milité pour un changement de mode de scrutin, un engagement historique pour ce parti. Le PQ et le PCQ, qui avaient soutenu le projet de loi 199, ont répondu favorablement à l’appel de QS, mais sans inscrire cette réforme dans leurs plateformes électorales. Le PLQ et la CAQ n’ont pas fait de cette réforme un engagement. Mercédez Roberge, experte en représentation électorale, souligne que les partis n’ont pas suffisamment abordé ce sujet pendant la campagne. Jean-Pierre Charbonneau espère que les engagements seront tenus, car selon lui, la réforme vise à transformer la culture politique vers plus de collaboration.
Cette élection de 2026 marque la deuxième fois consécutive où le mode de scrutin majoritaire produit des résultats jugés extrêmes, après celui de 2022. Jean-Pierre Charbonneau s’interroge sur le nombre de situations similaires que le Québec tolérera avant d’agir. Au fédéral, le gouvernement libéral a abandonné une promesse de réforme après son retour au pouvoir en 2025, sans que le dossier ne revienne à l’ordre du jour. La question de la réforme du mode de scrutin reste donc en suspens, malgré les propositions concrètes comme le projet de loi 199. Les acteurs politiques et la société civile devront décider si cette réforme est une priorité pour l’avenir démocratique du Québec.

