Élections québécoises : et si on avait eu la proportionnelle?
Les élections québécoises de 2026 ont une nouvelle fois illustré les distorsions entre le vote populaire et la répartition des sièges à l’Assemblée nationale, un phénomène récurrent dans un système majoritaire uninominal à un tour. Cette fois, la simulation d’un mode de scrutin proportionnel avec compensation régionale révèle comment une réforme électorale aurait pu atténuer ces écarts, tout en soulevant des questions sur la représentativité et la stabilité politique au Québec.
Quels partis auraient été les plus avantagés ou désavantagés par un mode de scrutin proportionnel avec compensation régionale ?
La Coalition avenir Québec (CAQ) aurait été la principale bénéficiaire, passant de 0 à 14 sièges malgré un score équivalent à celui de Québec solidaire (9 % des voix). Le Parti québécois (PQ) aurait vu son nombre de députés réduit de 59 à 48, tandis que le Parti conservateur (PCQ) aurait gagné 5 sièges supplémentaires (24 au lieu de 19). Québec solidaire (QS) et le Parti libéral (PLQ) auraient conservé leur nombre d’élus, bien que ce dernier aurait perdu 8 sièges (32 au lieu de 40).
Pourquoi la réforme du mode de scrutin est-elle présentée comme un enjeu démocratique majeur après ces élections ?
Le système actuel a accentué les distorsions entre le vote populaire et la représentation parlementaire, avec des partis comme la CAQ ou le PLQ obtenant des sièges disproportionnés par rapport à leur part des suffrages. Des acteurs comme le Mouvement démocratie nouvelle soulignent que cette situation crée un sentiment d’exclusion chez les électeurs, notamment dans des régions où un parti domine sans refléter la diversité des opinions locales.
Quels mécanismes concrets une réforme électorale aurait-elle pu intégrer selon les propositions évoquées ?
Le projet de loi 199, inspiré par Québec solidaire et soutenu par le PQ et le PCQ, proposait un scrutin proportionnel mixte avec compensation régionale. Les électeurs auraient eu deux votes : l’un pour élire un député dans une circonscription redessinée, l’autre pour un parti, permettant de pourvoir des sièges de compensation dans 17 régions électorales. Des mesures comme l’alternance hommes-femmes sur les listes régionales ou la parité des candidatures féminines (40 à 60 %) étaient également envisagées pour améliorer la représentation.
Pourquoi certains partis, comme la CAQ ou le PLQ, n’ont-ils pas fait de la réforme électorale un engagement central de leur campagne ?
Ni la CAQ ni le PLQ n’ont inscrit la réforme du mode de scrutin dans leur programme électoral, malgré les distorsions flagrantes révélées par les scrutins précédents. Mercédez Roberge, experte en représentation électorale, y voit un manque de volonté politique, suggérant que ces partis ne perçoivent pas la réforme comme une priorité, voire craignent une perte de pouvoir ou une instabilité accrue avec un système plus proportionnel.
Ce que ça pourrait changer
Une réforme électorale pourrait rapprocher la représentation parlementaire de la volonté populaire, mais elle risquerait aussi d’introduire plus de gouvernements minoritaires ou de coalitions, modifiant ainsi les dynamiques politiques traditionnelles. Elle pourrait également favoriser une meilleure représentation des groupes sous-représentés, comme les femmes ou les jeunes, en intégrant des mécanismes de parité dans les listes de candidats.

