Pauline Kergomard (1838-1925), inventer l’école maternelle
Institutrice et inspectrice, Pauline Kergomard a sillonné la France pendant 40 ans pour transformer les salles d’asile en écoles maternelles. Militante laïque et féministe, elle a inventé une pédagogie basée sur le jeu, où l’épanouissement des élèves est au centre des apprentissages..
Pauline Kergomard (1838-1925) est une figure majeure de l'histoire de l'éducation en France. Née à Bordeaux dans une famille protestante, elle perd sa mère à l'âge de 10 ans et est élevée par sa tante, directrice d'école, qui influence profondément sa vocation. À 23 ans, elle s'installe à Paris où elle ouvre une école privée tout en commençant à publier des textes sur la pédagogie. Son parcours illustre l'engagement d'une femme dans un domaine alors largement masculin. Elle incarne aussi une vision progressiste de l'éducation, où l'enfant occupe une place centrale.
En 1879, Pauline Kergomard est nommée inspectrice générale des salles d'asile par le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry. Ces établissements, destinés aux jeunes enfants avant l'école primaire, étaient alors organisés de manière très stricte et disciplinaire. Elle critique vivement leur fonctionnement et propose une réforme radicale. En 1881, ces salles d'asile prennent officiellement le nom d'écoles maternelles, marquant le début d'une transformation profonde de l'éducation des tout-petits en France.
Pauline Kergomard défend une pédagogie innovante pour son époque, centrée sur le jeu comme outil d'apprentissage. Elle considère que le jeu n'est pas une distraction, mais le travail naturel de l'enfant, essentiel à son développement. Cette approche rompt avec les méthodes traditionnelles qui privilégiaient la discipline et l'obéissance. Elle résume sa philosophie par une phrase célèbre : « Le jeu, c'est le travail de l'enfant, c'est son métier, c'est sa vie. » Cette vision place l'enfant au cœur du processus éducatif, respectant son rythme et ses besoins.
Pauline Kergomard est une républicaine convaincue, militante laïque et féministe. Elle voit dans l'école un outil essentiel de démocratie et d'émancipation, notamment pour les petites filles. Elle défend une école ouverte à tous les enfants, sans distinction de classe sociale, et combat les stéréotypes de genre qui limitaient alors l'éducation des filles. Son engagement reflète les valeurs de la Troisième République, qui cherche à démocratiser l'accès au savoir et à promouvoir l'égalité entre les sexes.
Pendant quarante ans, de 1879 à 1917, Pauline Kergomard parcourt la France pour visiter les écoles maternelles et former les enseignants à sa méthode pédagogique. Elle reste inspectrice jusqu'à l'âge de 79 ans, démontrant une longévité et une détermination remarquables. Ses réformes transforment durablement l'école maternelle française, qui devient un modèle en Europe. Malgré son importance historique, elle reste aujourd'hui peu connue du grand public, bien que plus d'une centaine d'écoles maternelles portent son nom.
Plus d'un siècle après ses réformes, les principes de Pauline Kergomard restent ancrés dans l'école maternelle française. Son approche, centrée sur l'enfant et le jeu, a inspiré des générations d'enseignants. Pourtant, malgré son influence durable, son nom et son œuvre restent méconnus. Des historiens comme Jean-Noël Luc, Catherine Valenti ou Mélanie Fabre ont contribué à faire redécouvrir son rôle, notamment à travers des ouvrages et des recherches. Son héritage rappelle l'importance de repenser l'éducation pour répondre aux besoins des plus jeunes.

