Pauline Kergomard (1838-1925), inventer l’école maternelle
Pauline Kergomard incarne une révolution pédagogique et sociale à travers la fondation de l’école maternelle française, un héritage méconnu malgré son influence durable. En promouvant une vision de l’enfant comme acteur de son apprentissage et en défendant une éducation laïque et égalitaire, elle a redéfini les contours de l’instruction pré-élémentaire à la fin du XIXe siècle. Son parcours interroge ainsi les fondements mêmes de notre système éducatif actuel, tout en révélant les tensions persistantes entre innovation pédagogique et inerties institutionnelles.
Quels principes pédagogiques Pauline Kergomard a-t-elle imposés pour transformer les salles d’asile en écoles maternelles ?
Kergomard a substitué une approche disciplinaire rigide par une pédagogie centrée sur le jeu, qu’elle considérait comme le travail naturel de l’enfant. Elle a aussi défendu le respect du rythme individuel et une vision holistique de l’éducation, où l’épanouissement de l’enfant prime sur l’instruction précoce. Sa célèbre formule — « Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie » — résume cette rupture avec les normes éducatives de son époque.
Quel rôle Pauline Kergomard a-t-elle joué dans les débats politiques et sociaux de son temps, notamment en tant que femme et militante laïque ?
Républicaine engagée, elle a fait de l’école un vecteur d’émancipation, notamment pour les filles, en luttant contre les stéréotypes de genre et en prônant une éducation accessible à toutes les classes sociales. Son féminisme s’est exprimé dans la défense d’un enseignement laïque, perçu comme un outil de démocratie et d’égalité, loin des influences cléricales dominantes. Ces combats s’inscrivaient dans une vision globale de la justice sociale, où l’école devait être un levier de transformation collective.
Comment son héritage pédagogique se manifeste-t-il aujourd’hui dans le système éducatif français ?
Plus d’un siècle après ses réformes, les principes de Kergomard — jeu, individualisation, inclusion sociale — restent des piliers de l’école maternelle française, bien que leur application varie selon les territoires. Pourtant, son nom reste largement absent des débats publics, malgré des centaines d’écoles portant son nom. Cette méconnaissance interroge sur la manière dont l’histoire de l’éducation est transmise et valorisée dans la société contemporaine.
Ce que ça pourrait changer
La redécouverte de Pauline Kergomard pourrait nourrir des réflexions contemporaines sur l’évolution de l’école maternelle, notamment face aux défis de l’inclusion et de l’innovation pédagogique. Son parcours rappelle aussi l’importance de reconnaître le rôle des figures féminines dans l’histoire des institutions, souvent éclipsées par des récits dominés par des figures masculines. Enfin, son héritage invite à interroger la persistance des inégalités éducatives, malgré les avancées théoriques qu’elle a portées.

