En Turquie, la vigne est une affaire de femmes
Cinquième au classement mondial pour sa surface viticole, la Turquie, pays musulman, exporte pourtant principalement des raisins secs. Mais les vins turcs existent et commencent à se faire une place dans les restaurants cossus du pays, notamment grâce aux femmes qui font vivre le secteur, comme le relate le “Süddeutsche Zeitung Magazin”..
La Turquie occupe la cinquième place mondiale en termes de surface dédiée à la culture de la vigne, avec des vignobles répartis principalement dans la région égéenne. Pourtant, malgré cette position, le pays exporte surtout des raisins secs plutôt que du vin. Cette particularité s’explique par des raisons historiques et culturelles, notamment le fait que la Turquie est un pays majoritairement musulman, où la consommation d’alcool est traditionnellement limitée. Cependant, depuis quelques années, les vins turcs gagnent en visibilité, notamment dans les restaurants haut de gamme du pays, où ils commencent à être appréciés pour leur qualité et leur diversité. Le secteur viticole turc, bien que moins développé que dans d’autres pays producteurs, représente un enjeu économique et social important pour les régions rurales.
Dans les vignobles turcs, les femmes jouent un rôle central et souvent invisible dans la production viticole. Par exemple, dans la région d’Akhisar, près d’Izmir, des femmes comme Gülten Kartas, 61 ans, travaillent depuis plus de vingt ans dans les vignes. Leur quotidien est rythmé par des tâches précises, comme l’ébourgeonnage, une technique qui consiste à supprimer les bourgeons excédentaires sur les ceps pour optimiser la qualité des grappes. Ces femmes, souvent issues de familles de vignerons, assurent des étapes clés de la production, de la taille des vignes à la surveillance de la maturation des raisins. Leur savoir-faire, transmis de génération en génération, est essentiel pour maintenir la qualité des vins turcs, qui commencent à se faire une place sur le marché local.
Isik Gülçubuk, 41 ans, incarne une nouvelle génération de femmes turques impliquées dans la viticulture. Contrairement à ses aînées, elle ne se limite pas aux travaux manuels dans les vignes. Elle supervise également la vinification, une étape technique qui consiste à transformer le raisin en vin. Isik utilise des méthodes modernes, comme la fermentation en fûts de chêne français, pour produire des vins de qualité. Son approche combine tradition et innovation, ce qui lui permet de donner une nouvelle image aux vins turcs. Elle est également connectée, utilisant quotidiennement son smartphone pour gérer son travail, un outil qui reflète l’évolution des pratiques dans le secteur. Son rôle illustre comment les femmes turques redéfinissent les contours d’un métier historiquement dominé par les hommes.
Le secteur viticole turc est en pleine transformation, porté par des femmes comme Isik Gülçubuk. Longtemps cantonnées à des tâches manuelles, certaines femmes turques accèdent désormais à des postes de décision, notamment dans la vinification et la commercialisation. Cette évolution s’accompagne d’un changement des mentalités, où la qualité des vins turcs est de plus en plus reconnue. Les vins locaux, autrefois méconnus, commencent à être servis dans des restaurants cossus en Turquie, signe d’une reconnaissance croissante. Cependant, le secteur reste confronté à des défis, comme la concurrence des vins importés ou les contraintes liées à la culture majoritairement musulmane du pays. Malgré ces obstacles, les femmes turques jouent un rôle clé dans la modernisation et la promotion des vins de leur pays.

