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Géopolitique

Comment les Grands Lacs ont failli perdre la bataille contre la lamproie de mer

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

Originaire de l’océan Atlantique, la lamproie de mer a colonisé les Grands Lacs nord-américains, entre les États-Unis et le Canada. Maintenir le contrôle sur la population de cette espèce invasive nécessite d’importants efforts, explique le site de CNN..

Une menace vampirique

La lamproie de mer est un agnathe (un vertébré sans mâchoires) originaire de l’océan Atlantique, reconnaissable à sa bouche en forme de ventouse garnie de dents acérées. Contrairement à un poisson, elle ne possède pas de mâchoires mais se fixe à ses proies pour en aspirer le sang, causant leur affaiblissement ou leur mort. Cette espèce invasive, souvent décrite comme un vampire aquatique, représente un danger majeur pour les écosystèmes des Grands Lacs en Amérique du Nord. Son arrivée dans la région remonte au milieu du XIXe siècle, dans le lac Ontario, avant de s’étendre vers les autres Grands Lacs dans les années 1920. Une seule lamproie peut consommer jusqu’à 18 kilogrammes de poisson en douze à dix-huit mois, et une femelle pond jusqu’à 100 000 œufs par saison de reproduction, ce qui explique son impact dévastateur sur la faune locale et les activités de pêche.

Impact économique et écologique

Les Grands Lacs, partagés entre les États-Unis et le Canada, abritent une industrie de la pêche d’une valeur annuelle de plus de 7 milliards de dollars, soutenant plus de 75 000 emplois. La prolifération des lamproies de mer a causé un préjudice estimé à 2 milliards de dollars pendant la pandémie de Covid-19, selon la Commission des pêcheries des Grands Lacs (GLFC). Ces créatures affaiblissent les populations de poissons, perturbant les pêches commerciales, récréatives et autochtones. Leur présence menace aussi l’équilibre des écosystèmes, où chaque espèce joue un rôle précis. La GLFC, créée dans les années 1950 par les États-Unis et le Canada, a pour mission de limiter leur expansion, mais la lutte contre cette invasion reste un défi constant.

Stratégies de lutte en place

Dès les années 1950, la GLFC a mis en place des mesures pour contrôler la population de lamproies de mer. L’une des principales solutions est l’utilisation d’un produit chimique appelé lampricide, conçu pour tuer ces envahisseurs. Chaque année, environ 9 millions d’individus doivent être éliminés pour maintenir leur nombre sous contrôle. Cependant, la pandémie de Covid-19 a perturbé ces efforts, entraînant une recrudescence des lamproies. Malgré cela, l’usage du lampricide a permis de revenir à des niveaux de population comparables à ceux d’avant 2020. La GLFC explore désormais des alternatives, comme des barrières acoustiques, des barrages ou des systèmes de filtration utilisant la reconnaissance vidéo pour capturer ces créatures.

Ce que ça pourrait changer

La lutte contre les lamproies de mer a reçu l’attention des autorités américaines, comme en témoigne une rencontre organisée en juin au Congrès à Washington. Des représentants politiques, dont le républicain Bill Huizenga du Michigan, ont été sensibilisés à la menace lors d’un événement où une lamproie a même tenté de sucer la paume d’un participant. Malgré les divisions politiques, la nécessité de se débarrasser de cette espèce invasive semble faire consensus. Cependant, des incertitudes persistent quant au financement du programme de lutte, notamment en raison des coupes budgétaires envisagées par l’administration Trump. La radio locale WUWM a souligné dès novembre 2025 que l’avenir de ce programme pourrait être compromis, alors qu’il reste crucial pour protéger les Grands Lacs.

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