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Élections : les Premières Nations refusent d’être les grandes oubliées de la campagne

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 16 j

Une coalition de plusieurs chefs autochtones réclame une plus grande place au sein de la campagne électorale..

Une mobilisation historique

Le 28 septembre 2026, soit une semaine avant les élections québécoises, une coalition de chefs de Premières Nations et d’organisations autochtones s’est réunie devant l’Assemblée nationale du Québec. Leur objectif était d’attirer l’attention des partis politiques sur les enjeux autochtones, souvent négligés pendant la campagne électorale. Cette date a été choisie pour commémorer Joyce Echaquan, une femme atikamekw décédée le 28 septembre 2020 dans un hôpital de Joliette, après avoir subi des actes de racisme systémique. Le grand chef de la Nation Wendat, Pierre Picard, a souligné que les enjeux autochtones étaient absents des débats sur l’économie, l’énergie ou le logement, malgré leur urgence. Il a dénoncé un quasi-silence des partis politiques, comme si les droits des Premières Nations pouvaient attendre après l’élection.

Le Principe de Joyce

Les chefs autochtones réclament l’adoption du Principe de Joyce, une revendication élaborée par la nation atikamekw après la mort de Joyce Echaquan. Ce principe vise à garantir à tous les Autochtones un accès équitable et sans discrimination aux services sociaux et sanitaires, ainsi qu’un droit à la santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Malgré les enquêtes et rapports confirmant le rôle du racisme systémique dans sa mort, le gouvernement du Québec refuse toujours de reconnaître ce racisme. Le principe n’a jamais été adopté à l’Assemblée nationale, malgré six ans de promotion. La présidente de Femmes autochtones du Québec, Marjolaine Étienne, demande aussi l’application de la recommandation générale #39 des Nations unies, qui vise à éliminer la discrimination envers les femmes autochtones, particulièrement touchées par les violences.

Violences et insécurité

Les chefs autochtones dénoncent une montée préoccupante de la violence et de l’insécurité dans leurs communautés. Chantal Kistabish, cheffe du Conseil de la Première Nation Abitibiwinni, cite notamment la surreprésentation des femmes autochtones parmi les victimes de violences, le crime organisé, la circulation de drogues dures, ainsi que le manque de ressources en santé mentale et en logements sociaux. Elle souligne que les organisations autochtones travaillent sans relâche, mais que les moyens restent insuffisants face à des besoins croissants. La cheffe Kistabish exige des actions concrètes pour reconnaître le racisme et la discrimination systémique, sans quoi les violences ne pourront pas être enrayées.

Territoires et ressources

Les chefs autochtones rappellent que l’Assemblée nationale du Québec se trouve sur un territoire autochtone non cédé, un fait souvent oublié. Pierre Picard, grand chef de la Nation Wendat, pointe un paradoxe : les ressources naturelles des territoires autochtones sont considérées comme essentielles au développement économique du Québec, mais les voix des Premières Nations ne sont pas écoutées. Lucien Wabanonik, chef du Conseil de la Nation Anishnabe du Lac Simon, dénonce l’absence de plan d’aménagement pour protéger le caribou, une espèce menacée depuis 2009, malgré les demandes répétées des communautés innues. Il critique aussi l’état inacceptable du régime minier québécois, qui ne respecte pas le consentement libre et éclairé des peuples autochtones, un principe fondamental en droit international.

Réactions des partis politiques

Lors de cette mobilisation, aucun parti politique n’a répondu à la demande d’entrevue de Radio-Canada, illustrant un manque de considération pour les enjeux autochtones pendant la campagne. Pourtant, les chefs ont interpellé l’ensemble des partis pour obtenir des rencontres et des engagements concrets. Martin Dufour, chef du Conseil de la Première Nation des Innus Essipit, a rappelé que les nations autochtones sont souveraines et n’ont jamais cédé leurs territoires, même en cas de référendum sur l’indépendance du Québec. Les chefs dénoncent un manque de respect total de la part des partis, qui ont ignoré leurs revendications malgré leur urgence. À l’inverse, Québec Solidaire a annoncé sa participation à une vigile en mémoire de Joyce Echaquan.

Ce que ça pourrait changer

Les chefs autochtones ne se contentent pas de dénoncer : ils proposent des outils pour agir. Parmi ceux-ci, le *Principe de Joyce* et la recommandation #39 des Nations unies figurent en tête de liste. Ils demandent aussi une réforme du régime forestier et minier, ainsi qu’un plan national pour la protection du caribou. Francis Verreault-Paul, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), souligne que le mot *changement* est souvent utilisé pendant la campagne, mais que les actions concrètes manquent. Il insiste sur la nécessité de sortir du *statut quo* des huit dernières années et de construire une relation respectueuse avec les Premières Nations, notamment en intégrant leurs voix dans les projets de développement touchant leurs territoires.

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