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Généraliste

Obligation de rigueur

Le Devoir · mis à jour il y a 3 h

«Brasser la cage» jusqu’à remettre en cause la science? Quelques petits rappels s’imposent pour les nouveaux élus..

Débat vs consensus

Un débat politique peut inclure des remises en question, mais cela ne signifie pas qu’il faille contester les consensus scientifiques établis. En effet, la science repose sur des méthodes rigoureuses : des mesures, des expérimentations répétées et une validation par des pairs, c’est-à-dire d’autres experts du domaine. Par exemple, un chimiste professionnel a plus de crédibilité pour discuter de chimie qu’un non-spécialiste. Comme l’explique Yves Gingras, directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies de l’UQAM, une opinion individuelle, même celle d’un élu, ne peut remplacer l’expertise collective. Il cite l’exemple du Dr Didier Raoult, dont les positions isolées sur les vaccins contrastent avec les avis de dizaines d’autres spécialistes. Ainsi, un consensus scientifique n’est pas une simple opinion, mais le résultat d’un processus de vérification approfondi.

Rétropédalage politique

En octobre 2026, la députée conservatrice Maïté Blanchette Vézina du Parti conservateur du Québec (PCQ) a d’abord affirmé vouloir permettre à son parti de « brasser la cage » des consensus scientifiques, y compris climatiques. Elle a suggéré que la science n’est pas immuable et peut être remise en question. Le lendemain, elle a nuancé ses propos, précisant que le débat fait partie de la démarche scientifique, mais que cela ne signifie pas que toutes les opinions se valent. Elle a souligné que la science repose sur des faits, des données probantes et une confrontation rigoureuse des hypothèses. Cette volte-face illustre la complexité de concilier débat politique et respect des consensus scientifiques, surtout dans un domaine aussi sensible que les changements climatiques.

Crédibilité et expertise

La crédibilité des élus dépend de leur capacité à s’appuyer sur des expertises démontrées plutôt que sur des opinions personnelles. Yves Gingras insiste sur le fait que les élus doivent reconnaître la valeur des consensus scientifiques, qui sont le fruit d’un travail collectif et méthodique. Par exemple, pour évaluer l’efficacité d’un vaccin, il est nécessaire de consulter des dizaines de spécialistes plutôt qu’un seul, comme le Dr Raoult en France. Ignorer cette règle revient à donner la même importance à une donnée scientifique qu’à une anecdote, ce qui peut fausser les décisions politiques. Les élus doivent donc faire preuve de rigueur pour maintenir leur légitimité auprès du public.

Désinformation et enjeux climatiques

Certains politiciens, comme l’ancien président américain Donald Trump, ont utilisé des stratégies de désinformation pour semer le doute sur des consensus scientifiques, notamment celui des changements climatiques. Leur méthode consiste à amplifier les incertitudes inhérentes à toute science, à présenter des fausses informations comme des vérités, et à alimenter une méfiance envers les faits établis. Ces tactiques, souvent motivées par des intérêts politiques ou économiques, peuvent retarder des actions essentielles, comme la lutte contre le réchauffement climatique. En 2026, les États-Unis, sous l’influence de Trump, ont reculé dans leurs engagements climatiques, illustrant les conséquences concrètes de ces stratégies.

Consensus scientifique vs social

Il existe une différence fondamentale entre un consensus scientifique et un consensus social. Un consensus social, comme la laïcité ou un modèle de garderies, est un compromis politique qui peut être débattu et remis en question au sein de l’Assemblée nationale. En revanche, un consensus scientifique, comme l’efficacité d’un vaccin ou la toxicité d’un contaminant, est un état des connaissances validé par des méthodes de vérification rigoureuses. Traiter les deux de la même manière reviendrait à mettre sur un pied d’égalité une opinion et une preuve. Les élus doivent donc distinguer ces deux types de consensus pour éviter de confondre débat légitime et rejet des faits établis.

Rôle des institutions

Pour garantir que les lois reposent sur des bases factuelles, les députés doivent s’appuyer sur des institutions spécialisées. En commission parlementaire, ils sont appelés à étudier les projets de loi en consultant des mémoires, des avis du scientifique en chef, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ou du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Ces dispositifs ont été créés précisément pour ancrer les décisions politiques dans des données scientifiques et des expertises reconnues. Par exemple, le BAPE émet des avis sur des projets environnementaux en s’appuyant sur des études et des consultations publiques. Les députés doivent donc participer activement à ces consultations pour exercer leur rôle avec rigueur.

Ce que ça pourrait changer

Tous les acteurs, qu’ils soient scientifiques, journalistes ou politiciens, ont une obligation de rigueur. Les scientifiques doivent publier des résultats reproductibles et soumis à l’examen de leurs pairs. Les journalistes doivent vérifier leurs sources et éviter de donner une tribune équivalente à des opinions marginales et à des consensus établis. Quant aux politiciens, ils doivent écouter les experts et s’appuyer sur des données pour légitimer leurs décisions. Cette rigueur est essentielle pour maintenir la confiance du public et éviter que des intérêts politiques ou économiques ne prennent le pas sur les faits. En 2026, à l’aube de la 44e législature québécoise, cette obligation s’impose comme un principe fondamental pour l’action publique.

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