Des enfants de la DPJ et leurs familles d’accueil se tournent vers les tribunaux
Les jeunes placés chez un proche ne reçoivent pas autant de soutien que ceux en famille d’accueil ordinaire, disent-ils..
Des enfants pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et leurs familles d’accueil de proximité, représentés par la Fédération des familles d’accueil et des ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ), ont déposé une action en justice le 16 octobre 2026 devant la Cour supérieure. Ils demandent l’invalidation d’articles de loi qu’ils jugent discriminatoires. Selon eux, les enfants placés chez une personne significative (comme un grand-parent ou un proche sans lien de parenté) sont traités comme des enfants de second ordre par le système. La FFARIQ, qui porte l’affaire, dénonce une inégalité de traitement entre ces enfants et ceux placés dans des familles d’accueil ordinaires. L’action vise à faire reconnaître que leurs droits fondamentaux sont bafoués.
Une famille d’accueil de proximité est une personne qui accueille un enfant retiré de son milieu familial, souvent sans lien de parenté avec lui. Traditionnellement, ce rôle était joué par des grands-parents ou des proches, mais il s’est élargi ces dernières années à d’autres individus, comme des enseignants ou des voisins. Contrairement aux familles d’accueil ordinaires, ces personnes ne reçoivent pas de rétribution immédiate ni d’accompagnement institutionnel dès le placement. Par exemple, A.D., une enseignante, a accueilli une fillette et son petit frère chez elle. Elle a dépensé environ 30 000 € de sa poche pour leurs besoins (vêtements, jouets, etc.) car elle n’a pas reçu le soutien financier accordé aux familles d’accueil ordinaires, qui perçoivent 94 € par jour contre 34 € pour les familles de proximité.
Les enfants placés en famille d’accueil de proximité subissent des inégalités majeures par rapport aux autres enfants de la DPJ. Pendant la période d’évaluation de six mois ou plus, nécessaire pour obtenir l’accréditation, ils ne bénéficient d’aucun service clinique ou professionnel (comme un suivi psychologique ou éducatif). Une fois accréditée, la famille peut enfin accéder à ces soutiens, mais certains enfants restent sans solution si la personne significative ne répond pas aux critères de la DPJ. Par exemple, un grand-père avec des antécédents judiciaires ne pourra jamais être accrédité, laissant l’enfant dans une situation de précarité. Ces enfants sont aussi privés de services après leur majorité : contrairement aux autres jeunes de la DPJ, qui peuvent obtenir un soutien jusqu’à 20 ans pour leurs études, ceux en famille de proximité voient leur aide souvent refusée à 18 ans.
Les familles d’accueil de proximité expriment un sentiment d’abandon et d’injustice. A.D., par exemple, s’est sentie trahie en réalisant qu’elle était utilisée comme une famille à rabais : elle a tout financé de sa poche sans recevoir l’aide promise. Un jeune de 18 ans, dont le soutien a été interrompu, dénonce une décision injuste prise à quelques semaines de sa majorité. Un autre père de famille de proximité raconte que sa fille adoptive, qui souhaite terminer son secondaire malgré des difficultés d’apprentissage, perdra son accompagnement (psychologue, intervenant) à 18 ans. Ces témoignages illustrent le sentiment d’exclusion et de rejet ressenti par ces enfants et leurs familles, qui se perçoivent comme des citoyens de seconde zone dans le système de protection de la jeunesse.
Les demandeurs, représentés par la FFARIQ, réclament plusieurs changements pour corriger ces inégalités. Ils demandent que les enfants placés en famille d’accueil de proximité bénéficient des mêmes droits que les autres enfants de la DPJ, notamment un accès immédiat aux services cliniques et professionnels dès le placement. Ils exigent aussi que les familles de proximité reçoivent une rétribution équivalente à celle des familles d’accueil ordinaires dès le premier jour, sans attendre une accréditation longue et incertaine. Enfin, ils veulent que le soutien financier et institutionnel soit maintenu jusqu’à 20 ans pour tous les jeunes de la DPJ, sans distinction de type de famille d’accueil. Ces revendications visent à garantir la dignité et le développement continu des enfants concernés.

