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Des scientifiques ont découvert l’origine de l’astéroïde Bennu : il serait un vestige très primitif du Système solaire

Presse-Citron · mis à jour il y a 3 j

Grâce aux échantillons rapportés par la sonde OSIRIS-REx de la NASA, des géochimistes ont reconstitué les conditions de naissance de l’astéroïde Bennu. Longtemps classé parmi les objets originaires des confins glacés du Système solaire, il serait né, en réalité, bien plus près qu'on ne le pensait..

Bennu : vestige primitif

L’astéroïde Bennu, découvert en 1999, est un corps céleste géocroiseur dont l’étude a révélé qu’il s’agit d’un vestige extrêmement primitif du Système solaire, âgé de 4,5 milliards d’années. En 2025, la NASA a récupéré 120 grammes de poussière de Bennu grâce à la mission OSIRIS-REx, permettant d’analyser sa composition minéralogique. Les scientifiques y ont découvert des composés organiques comme des acides aminés, des nucléobases (constituants de l’ARN et de l’ADN) et de l’ammoniac, des molécules essentielles à la vie sur Terre. Ces éléments renforcent l’hypothèse selon laquelle des astéroïdes similaires à Bennu auraient pu contribuer à l’apparition de la vie sur notre planète en y apportant ces ingrédients fondamentaux.

Origine inattendue

Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient que Bennu s’était formé dans les régions les plus éloignées du Système solaire, au-delà de 30 unités astronomiques (UA), là où se forment les comètes. Une équipe de l’ETH Zurich, dirigée par la géochimiste Maria Schönbächler, a cependant démontré que Bennu provient d’une zone bien plus proche, entre 2,7 et 5 UA du Soleil (soit entre 400 et 750 millions de kilomètres), près de ce qu’on appelle la ligne de glace. Cette ligne marque la limite où l’eau gèle dans le disque de gaz et de poussière entourant le jeune Soleil. Bennu serait donc né dans une région où les matériaux rocheux de l’intérieur du Système solaire et les particules glacées de l’extérieur se sont mélangés.

Composition isotopique unique

Pour déterminer l’origine de Bennu, les chercheurs ont analysé les isotopes du fer, du titane et du chrome dans un demi-gramme de matière prélevée sur l’échantillon rapporté par OSIRIS-REx. Les isotopes sont des atomes d’un même élément chimique qui diffèrent par leur nombre de neutrons, ce qui leur confère une masse légèrement différente. Chaque région du Système solaire possède une signature isotopique unique, comparable à une empreinte digitale. Les résultats ont montré que Bennu partage cette signature avec l’astéroïde Ryugu (découvert en 1999) et avec les chondrites CI, une classe très rare de météorites carbonées. Cette similitude suggère que ces trois corps se sont formés dans la même région, près de la ligne de glace.

Rôle de Jupiter

L’étude propose que la planète Jupiter, formée moins d’un million d’années après le Soleil, a joué un rôle clé dans la formation de Bennu. Grâce à sa gravité massive, Jupiter aurait agi comme un filtre gravitationnel, empêchant les gros débris rocheux de l’intérieur du Système solaire de franchir son orbite. Seules les poussières les plus fines, incapables d’être captées par sa gravité, ont pu contourner Jupiter et se mélanger aux particules glacées des régions extérieures. Ce mélange de matériaux chauds et froids, survenu près de la ligne de glace, aurait donné naissance à Bennu. Schönbächler compare ce processus à un « pilier de pont » qui a structuré la distribution des matériaux dans le jeune Système solaire.

Ce que ça pourrait changer

Bennu est décrit comme un *hybride* chimique, car sa composition porte les traces des deux régions du Système solaire : les matériaux rocheux de l’intérieur et les particules glacées de l’extérieur. Cette particularité en fait un témoin précieux des conditions qui régnaient lors de la formation des planètes telluriques, comme la Terre, Mars, Mercure ou Vénus. Les isotopes de Bennu offrent ainsi un aperçu des éléments chimiques originels à partir desquels ces planètes se sont construites. Cependant, cette hypothèse reste à confirmer, car elle repose sur l’analyse d’un nombre limité d’objets (Bennu, Ryugu et les chondrites CI). Les chercheurs doivent désormais vérifier si d’autres astéroïdes partagent cette même composition isotopique pour valider le modèle du filtre gravitationnel de Jupiter.

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