La solution aux déserts médicaux ? Cette IA prescrit des médicaments seule et à distance, une première mondiale
Une simple photo du visage pour remplacer un rendez-vous chez le dermatologue : aux États-Unis, une IA franchit un cap historique..
Aux États-Unis, plus précisément dans l’État de l’Utah, une intelligence artificielle (IA) nommée Nolla Derm est autorisée à prescrire des médicaments sans consultation médicale préalable. Il s’agit d’une première mondiale dans le domaine médical. Cette IA propose un service accessible via une application mobile, permettant de diagnostiquer des problèmes d’acné et d’envoyer un traitement personnalisé directement au patient, à partir de 4,99 dollars par mois. Ce système évite ainsi la nécessité de se déplacer chez un dermatologue. L’Utah a été choisi en raison de ses déserts médicaux, où 11 comtés ne disposent d’aucun dermatologue et où le délai moyen pour obtenir un rendez-vous dépasse 61 jours, soit près du double de la moyenne nationale. Une consultation classique peut y coûter jusqu’à 300 dollars.
L’application Nolla Derm suit un processus en trois étapes pour les utilisateurs. Après avoir vérifié leur identité et rempli un questionnaire de santé de base, les patients doivent réaliser un scan de leur visage sous cinq angles différents. En 10 à 15 minutes, l’IA analyse les images et génère un plan de traitement personnalisé, incluant éventuellement une ordonnance. Le médicament peut être livré à domicile ou récupéré en pharmacie locale. L’IA ne propose pas de dialogue via un chatbot, mais se base sur des protocoles de traitement pré-approuvés par des cliniciens. Elle se limite aux cas d’acné légère à modérée, excluant les femmes enceintes, les acnés sévères ou toute autre pathologie hors de son champ d’action.
Le déploiement de Nolla Derm se fait en trois phases strictement encadrées. Lors de la première phase, 100 patients testent l’application : l’IA formule des recommandations, mais deux médecins agréés doivent examiner et approuver chaque ordonnance avant qu’elle ne soit envoyée. La seconde phase élargit le test à 500 personnes, avec une émission directe des ordonnances par l’IA, suivie d’un contrôle médical hebdomadaire des dossiers. Enfin, lors de la troisième phase, les médecins ne vérifieront plus qu’un échantillon aléatoire de 10 % des prescriptions mensuelles. À chaque étape, l’État de l’Utah doit donner son accord, garantir l’absence d’incidents graves et maintenir un taux de concordance d’au moins 95 % entre les décisions de l’IA et celles des médecins.
Pour éviter les erreurs, Nolla Derm évite tout dialogue interactif et se concentre sur des protocoles de traitement standardisés, validés par des experts. Les cas hors de son champ d’action, comme les femmes enceintes ou les acnés sévères, sont immédiatement réorientés vers une prise en charge médicale classique. L’acné a été choisie car c’est une pathologie bien documentée, à faible risque et soutenue par des décennies de preuves cliniques. Si le test s’avère concluant, l’entreprise prévoit d’étendre son modèle à d’autres affections courantes comme la rosacée, la grippe ou les infections urinaires sans complication. L’objectif est de répondre à des besoins médicaux courants tout en maintenant un haut niveau de sécurité.
En France, près de 87 % du territoire est considéré comme une zone sous-dense en médecins généralistes, avec environ 6 à 8 millions de personnes vivant dans un désert médical. Plus de 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant, dont plus de 400 000 atteints d’une affection de longue durée. Le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue peut atteindre 60 à 90 jours, voire plusieurs mois dans certaines zones rurales. Cette situation contribue à un engorgement des urgences hospitalières et à des retards de diagnostic, pouvant aggraver des pathologies initialement traitables. L’exemple américain de *Nolla Derm* pourrait inspirer des solutions similaires en France pour répondre à ces défis.

