Plaidoyer pour rétablir le financement réservé aux livres dans les écoles
Une lettre ouverte signée par huit anciens ministres de l'Éducation et de la Culture a été publiée mardi..
Le gouvernement du Québec a décidé de supprimer un financement spécifique de 38 millions de dollars par an, auparavant réservé à l'achat de livres neufs dans les écoles. Cette enveloppe faisait partie d'une somme totale de 288 millions de dollars allouée aux centres de services scolaires (CSS), des organismes publics qui gèrent les écoles primaires et secondaires de la province. Auparavant, ces fonds étaient strictement dédiés à deux programmes : l'un permettait aux enseignants d'acheter des livres pour leurs classes (environ 300 $ par enseignant), et l'autre servait à renouveler les collections des bibliothèques scolaires. Le ministère de l'Éducation n'a pas confirmé si le premier volet (les 300 $ par enseignant) était toujours maintenu, laissant craindre que ces fonds aient été intégrés à la cagnotte globale, sans garantie d'être utilisés pour les livres.
Huit anciens ministres québécois de l'Éducation et de la Culture ont publié une lettre ouverte dans le journal La Presse pour dénoncer cette décision. Parmi eux figurent des personnalités comme Louise Beaudoin, Line Beauchamp et Hélène David, qui ont occupé des postes clés entre 1995 et 2017. Ils soulignent que la lecture n'est pas seulement un outil pédagogique ou un loisir, mais une école de la liberté intellectuelle. Selon eux, lire permet de développer des compétences comme le raisonnement complexe, l'ouverture à des idées différentes et l'empathie, c'est-à-dire la capacité à reconnaître l'autre comme un semblable. Ils rappellent aussi que pour de nombreux enfants, surtout dans les milieux défavorisés, l'école reste le principal accès aux livres.
La suppression de ce financement inquiète également l'industrie du livre au Québec. En 2025, les ventes de livres dans la province ont chuté de 11,9 %, selon le bilan Gaspard publié par la Banque de titres de langue française. Une coalition d'acteurs du milieu, incluant l'Association des libraires du Québec, l'Association nationale des éditeurs de livres et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, lance une campagne nationale le 12 août pour promouvoir la lecture de livres québécois. Leur objectif est de sensibiliser le public et les écoles à l'importance de maintenir des budgets dédiés aux livres, alors que d'autres dépenses (sportives, culturelles ou sociales) pourraient entrer en concurrence avec ces achats. La campagne inclut la distribution de milliers de signets dans les librairies indépendantes.
Les signataires de la lettre ouverte et la coalition craignent que cette décision réduise les opportunités pour les jeunes Québécois de découvrir le plaisir de lire, de maîtriser le français, de stimuler leur imagination et de développer leur esprit critique. Selon une étude de la Fondation pour l'alphabétisation, près de la moitié des jeunes de 16 à 24 ans au Québec n'ont pas atteint le niveau souhaité en littératie, c'est-à-dire la capacité à comprendre, utiliser et analyser des textes écrits. Les bibliothèques scolaires, déjà fragilisées par cette mesure, risquent de voir leurs collections se dégrader, privant les élèves d'un accès essentiel à la culture et au savoir.
La mesure gouvernementale s'inscrit dans une logique de *flexibilité budgétaire*, permettant aux centres de services scolaires (CSS) de gérer leurs budgets de manière plus libre. Cependant, cette approche a supprimé la protection des fonds initialement réservés aux livres. Les anciens ministres et les acteurs du livre estiment que cette décision affaiblit l'accès à la lecture pour les élèves, en particulier ceux issus de milieux moins favorisés. Ils appellent à rétablir un financement spécifique pour les livres, soulignant que l'école doit rester un lieu privilégié pour la découverte littéraire et culturelle, malgré les défis économiques et technologiques comme l'émergence de l'intelligence artificielle, qui menace les droits d'auteur.

