Une « bactérie mangeuse de chair » sur les plages espagnoles : « Les cas graves sont très rares »
Le réchauffement de la Méditerranée crée des conditions propices à la prolifération de Vibrio vulnificus, une bactérie marine pouvant provoquer, dans de rares cas, de graves infections. On la trouve pour l'instant surtout sur les côtes espagnoles.
Vibrio vulnificus est une bactérie marine surnommée « mangeuse de chair » en raison des nécroses (destruction des tissus vivants) qu’elle peut provoquer en cas d’infection grave. Elle se transmet principalement lors d’une baignade avec une plaie ouverte ou par la consommation de fruits de mer crus ou peu cuits contaminés. Les symptômes incluent de la fièvre, des gastro-entérites ou, dans les cas extrêmes, une septicémie (infection généralisée du sang). Cette bactérie est particulièrement dangereuse pour les personnes âgées ou celles souffrant de problèmes de santé préexistants. Entre 2010 et 2023, l’Espagne a recensé 167 infections liées à différentes formes de Vibrio, dont seulement 2 % étaient attribuables à Vibrio vulnificus. Depuis 2002, deux décès et une hospitalisation prolongée ont été officiellement documentés en Espagne après une exposition à cette bactérie.
Le changement climatique favorise la prolifération de Vibrio vulnificus en Méditerranée, notamment sur les côtes espagnoles. Cette bactérie prospère dans des eaux chaudes et modérément salées, comme les estuaires (zones où l’eau douce des rivières se mélange à l’eau salée de la mer) ou les lagunes. Traditionnellement, la Méditerranée espagnole ne présentait pas des conditions idéales pour cette bactérie, mais avec le réchauffement des eaux et la baisse de salinité due aux épisodes de précipitations extrêmes (comme les gouttes froides), son développement devient possible. Jaime Martinez Urtaza, professeur à l’université autonome de Barcelone, souligne que ces changements climatiques créent une « fenêtre d’opportunité » pour la bactérie. À terme, elle pourrait étendre son territoire vers les côtes françaises.
Les experts, comme Carmen Amaro, professeure de microbiologie à l’université de Valence, rappellent que les cas graves restent rares, même si la bactérie est sous surveillance accrue. Toutes les souches de Vibrio vulnificus ne sont pas virulentes : certaines ne portent pas les gènes responsables de la maladie, tandis que d’autres peuvent les porter sans déclencher d’infection. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a alerté sur son expansion, notamment en mer Baltique, où 445 cas ont été recensés en 2018 après des canicules, soit trois fois plus que la moyenne. En 2025, un décès a été enregistré en Allemagne après une baignade. En Espagne, des contrôles réguliers sont effectués sur l’eau et les fruits de mer, mais aucune plage n’a été fermée pour cette raison, contrairement à des fermetures liées à une pollution fécale.
Plusieurs facteurs augmentent les risques d’exposition à Vibrio vulnificus. Le **vieillissement de la population** accroît le nombre de personnes vulnérables, tandis que la multiplication des activités nautiques, de la pêche et de la consommation de fruits de mer crée plus d’occasions de contact avec la bactérie. Jaime Martinez Urtaza, qui a contribué à créer une carte mondiale des risques, explique que ces changements de modes de vie amplifient les dangers. En Méditerranée, les **lagunes** et les estuaires, où la salinité est plus faible, deviennent des zones à risque. Les experts insistent sur la nécessité de surveiller ces écosystèmes pour anticiper une éventuelle expansion de la bactérie vers d’autres régions européennes.

