Le Mexique mise sur l’IA pour tenter de retrouver ses nombreux disparus
Face aux quelque 134 000 personnes disparues recensées, l’Université nationale autonome du Mexique (Unam) développe deux outils basés sur l’intelligence artificielle. Cette technologie est de plus en plus considérée pour tenter de résoudre ce que la presse qualifie de véritable “crise” dans le pays..
Le Mexique fait face à une crise majeure des personnes disparues, avec environ 134 000 cas recensés par les autorités. Cette situation a poussé le gouvernement à explorer des solutions innovantes, dont l’intelligence artificielle (IA). Le contexte est marqué par des tensions sociales, comme en témoignent les manifestations contre l’interdiction des opérations de recherche menées par des proches ou des militants. Par exemple, une attaque contre des procureurs lors d’une de ces opérations, survenue à Guadalajara en juillet 2023, a conduit à cette interdiction temporaire. Les familles des disparus dénoncent régulièrement l’inaction des autorités et réclament des moyens plus efficaces pour retrouver leurs proches.
L’Université nationale autonome du Mexique (Unam) développe un outil nommé Regresa (« reviens » en français), qui utilise des techniques anthropométriques pour générer des images actualisées des personnes disparues. Ces techniques reposent sur l’IA pour estimer l’évolution naturelle des traits du visage, comme les changements cranio-faciaux liés à la croissance. Par exemple, si une personne a disparu il y a dix ans, le logiciel peut créer un portrait réaliste de son apparence actuelle à partir de sa dernière photo disponible. L’objectif est de moderniser les avis de recherche, souvent basés sur des images obsolètes, ce qui complique leur identification. Cette innovation pourrait faciliter les enquêtes et améliorer les chances de retrouver les disparus.
L’Unam travaille également sur une carte interactive qui visualise la répartition géographique des disparitions au Mexique. Cet outil permet de mieux comprendre les zones les plus touchées par ce phénomène, en croisant des données comme les lieux de disparition, les profils des victimes ou les périodes concernées. Par exemple, il pourrait révéler des schémas récurrents, comme une concentration de cas dans certaines régions ou à certaines périodes de l’année. Cette carte s’ajoute aux efforts des autorités pour cartographier et analyser ce problème complexe, dans un pays où les disparitions sont un enjeu de sécurité publique majeur.
Le gouvernement mexicain a annoncé la création d’un groupe de neuf experts chargés d’améliorer le Registre national des personnes disparues. Ce registre est une base de données centrale qui recense les cas de disparitions, mais il nécessite des améliorations juridiques et méthodologiques pour être plus efficace. L’équipe inclut des spécialistes en intelligence artificielle, en science des données et en anthropologie, reflétant l’importance accordée aux technologies modernes dans la résolution de cette crise. Leur mission est de proposer des solutions pour optimiser la recherche et la localisation des victimes, en s’appuyant sur des compétences variées.
L’utilisation de l’IA pour retrouver des personnes disparues n’est pas une nouveauté au Mexique. Par exemple, le *Laboratoire de solutions collaboratives en matière de politiques publiques*, une organisation non gouvernementale, a déjà développé trois projets basés sur l’IA pour répondre à cette crise. Ces initiatives visent à proposer des solutions innovantes aux problèmes de sécurité et de violence en Amérique latine. L’IA est ainsi perçue comme un outil complémentaire aux méthodes traditionnelles, capable d’analyser de grandes quantités de données ou de générer des modèles prédictifs pour orienter les recherches.

