Portugal : Lufthansa sera un meilleur pilote qu’Air France pour la TAP
Le choix du groupe allemand pour prendre le contrôle de la compagnie aérienne portugaise suscite des réactions largement favorables dans les éditoriaux du pays. Au-delà du prix de vente, les commentateurs s’interrogent sur les enjeux économiques et stratégiques d’une opération que le gouvernement souhaite prolonger par une privatisation totale d’ici à 2028..
Le gouvernement portugais dirigé par le Premier ministre Luís Montenegro a choisi le groupe allemand Lufthansa plutôt que le consortium franco-néerlandais Air France-KLM pour prendre le contrôle de la compagnie aérienne nationale portugaise, la TAP. Ce choix s'inscrit dans le cadre d'une privatisation partielle de la TAP, où Lufthansa acquiert 49,9 % du capital pour un montant de 1,2 milliard d’euros. Parmi ces parts, 5 % sont réservées aux salariés de la compagnie. Lufthansa aura la responsabilité de la gestion opérationnelle de la TAP. Ce partenariat vise à moderniser et stabiliser la compagnie, qui a bénéficié de 3,2 milliards d’euros d’injections financières publiques depuis 2020. Le gouvernement portugais prévoit une privatisation totale de la TAP d’ici juillet 2028, avec pour objectif de récupérer les fonds investis.
La TAP (Transportes Aéreos Portugueses) est une compagnie aérienne nationale du Portugal, dont la position géographique est un atout majeur. Située à l’extrémité sud-ouest de l’Europe, elle se trouve à la croisée des routes aériennes vers les Amériques et l’Afrique. Cette localisation unique a rendu la TAP attractive pour des investisseurs étrangers, car elle permet de desservir des marchés stratégiques avec des vols directs. Selon l’éditorialiste David Pontes, cette position périphérique, souvent perçue comme un désavantage, devient ici un avantage en attirant l’intérêt de groupes comme Lufthansa. Sans cette situation géographique, la TAP n’aurait probablement pas suscité autant d’engouement de la part des investisseurs.
Le choix de Lufthansa pour la TAP s’inscrit dans une volonté du gouvernement portugais de renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne. En optant pour un groupe européen, le Portugal soutient une approche qui limite l’influence de capitaux extra-européens sur des secteurs clés comme le transport aérien. Cependant, ce projet de privatisation, notamment la perspective d’une privatisation totale d’ici 2028, divise la classe politique portugaise. Les partis socialistes s’y opposent fermement, ce qui pourrait fragiliser le consensus politique autour de cette réforme. Cette opposition reflète les tensions entre modernisation économique et préservation du contrôle national sur des entreprises stratégiques.
La privatisation partielle de la TAP représente un enjeu économique majeur pour le Portugal. Avec une valorisation initiale de 1,2 milliard d’euros pour 49,9 % du capital, l’État portugais cherche à attirer des investisseurs capables de redresser la compagnie, tout en préparant une cession totale d’ici 2028. L’objectif est de récupérer les 3,2 milliards d’euros injectés depuis 2020, une somme qui illustre les difficultés financières rencontrées par la TAP. Ce processus s’inscrit dans une logique de réduction de la dette publique et de modernisation du secteur aérien portugais, tout en offrant des perspectives de croissance pour la compagnie sous une nouvelle direction.
L’annonce du choix de Lufthansa a été saluée par certains observateurs, comme David Pontes, qui y voit une rare opportunité de célébrer une réussite nationale. Pour lui, cette décision marque un tournant où la position périphérique du Portugal devient un atout. Cependant, les réactions politiques restent contrastées, avec une opposition marquée des socialistes face à la privatisation totale envisagée. Cette divergence souligne les défis auxquels le gouvernement doit faire face pour concilier réformes économiques et cohésion politique. À terme, la réussite de ce projet dépendra de la capacité de Lufthansa à redresser la TAP et à générer des retombées positives pour l’économie portugaise.

