PISA 2025 : l’IA est-elle responsable de la baisse des résultats ?
L’ESSENTIEL Si l’usage de l’IA générative explose, le niveau des élèves a commencé à chuter avant l’apparition de ces outils. Parmi les systèmes éducatifs les plus performants, les modes de recours à l’IA sont très différents.
Les résultats de l’enquête PISA 2025 révèlent une baisse significative des performances des élèves dans les pays de l’OCDE. Entre 2015 et 2025, la moyenne des pays membres a diminué de 22 points en mathématiques, ce qui équivaut à plus d’une année d’apprentissage perdue, et de 28 points en lecture. En France, cette tendance est également marquée : entre 2022 et 2025, le pays a perdu 18 points en lecture et 16 points en mathématiques, tandis que les résultats en sciences ont légèrement reculé de 4 points. Ces chiffres placent la France parmi les pays affichant les résultats les plus faibles jamais enregistrés. L’OCDE souligne que 20 % des jeunes de 15 ans se situent désormais sous le niveau de compétence de base dans les trois domaines évalués, contre 16 % en 2022.
La dégradation des résultats scolaires ne peut pas être attribuée à l’intelligence artificielle (IA) générative, car cette baisse s’inscrit dans une tendance amorcée bien avant la généralisation de ces outils. En effet, la tendance à la baisse des performances a commencé avant la pandémie de Covid-19, qui a elle-même débuté en 2020. L’IA générative, comme les chatbots capables de générer du texte ou des réponses, s’est popularisée bien après cette période. Ainsi, l’OCDE et les experts excluent un lien direct de cause à effet entre l’essor de l’IA et la chute des résultats, car les deux phénomènes ne se chevauchent pas dans le temps.
Les pays les plus performants dans le classement PISA 2025, comme Singapour, le Japon, la Corée du Sud ou l’Estonie, adoptent des approches très différentes face à l’IA. Par exemple, au Japon, une grande partie des élèves déclare ne jamais utiliser de chatbots d’IA pour le travail scolaire, tandis qu’à Singapour, l’usage de ces outils est plus fréquent, sans pour autant nuire aux résultats. L’Estonie, quant à elle, affiche une utilisation modérée de l’IA. Malgré ces différences, ces pays obtiennent des résultats élevés, ce qui montre que l’intégration de l’IA ne détermine pas à elle seule la performance éducative. L’OCDE insiste sur l’importance des politiques éducatives globales, comme l’apprentissage numérique, plutôt que sur l’outil lui-même.
L’OCDE met en lumière un autre facteur clé : la distraction numérique. Dans les pays de l’OCDE, 28 % des élèves déclarent que leurs camarades sont distraits par des appareils numériques pendant la plupart ou la totalité des cours de sciences. Cette proportion tombe à moins de 10 % au Japon, en Corée du Sud et dans plusieurs régions chinoises. Préserver des espaces d’attention et d’effort cognitif est donc essentiel pour favoriser un usage éducatif pertinent des technologies. L’enjeu n’est pas seulement d’intégrer l’IA, mais de garantir que son utilisation ne perturbe pas la concentration nécessaire à l’apprentissage.
L’enquête PISA 2025 révèle que l’IA s’est rapidement intégrée aux activités d’apprentissage des élèves. Seuls 14 % des élèves des pays de l’OCDE déclarent n’avoir jamais utilisé de chatbot d’IA pour au moins une des quatre activités étudiées. Les usages les plus fréquents consistent à « m’aider à apprendre », à effectuer des recherches préliminaires, à rédiger des textes ou à résumer des lectures. Cependant, les élèves qui n’utilisent pas l’IA obtiennent souvent de meilleurs résultats que ceux qui l’utilisent de manière intensive. L’OCDE précise que cette corrélation ne prouve pas un lien de causalité : certains élèves pourraient recourir davantage à l’IA parce qu’ils rencontrent des difficultés.
L’IA peut jouer deux rôles opposés dans l’apprentissage : elle peut soit se substituer à l’effort cognitif de l’élève, soit le soutenir. Par exemple, elle peut déléguer des tâches comme résumer un texte ou résoudre un problème, ce qui affaiblit l’apprentissage. À l’inverse, elle peut fournir des indices, des explications ou des retours pour aider l’élève à progresser, favorisant ainsi un apprentissage plus personnalisé. Le modèle #ppAI6 distingue ces différents niveaux d’usage, allant de la délégation excessive à des usages créatifs et transformateurs. L’OCDE recommande que l’IA serve à renforcer l’effort cognitif plutôt qu’à le remplacer, car la compréhension nécessite que l’élève réalise lui-même le travail intellectuel.
Face à la généralisation de l’IA, l’OCDE souligne la nécessité d’aider les élèves à réguler leurs usages de ces outils, tant à l’école qu’en dehors. L’objectif est que l’IA soutienne l’effort d’apprendre plutôt que de le remplacer. Dans un monde où obtenir une réponse devient de plus en plus facile grâce à l’IA, maintenir un effort cognitif et le réguler face à des tâches complexes devient un enjeu central pour les systèmes éducatifs. L’enquête PISA 2025 ne permet pas d’attribuer la baisse des résultats à l’IA, mais elle met en lumière l’importance de son usage modéré et encadré pour préserver la qualité de l’apprentissage.

