Mille millions de mille cyborgs ! Pourquoi les pirates informatiques demandent de plus en plus de rançons en cryptomonnaies
L’ESSENTIEL Les rançongiciels, ces logiciel bloquant l’accès à un ordinateur en volant ses données en échange d’une rançon, ont rapporté plus de 800 millions de dollars en 2025. Pour partir avec leur butin, les pirates du Web passent de plus en plus par les cryptomonnaies, plus rémunératrices et moins traçables.
Les rançongiciels, ou ransomwares, sont des logiciels malveillants qui bloquent l’accès à un ordinateur en chiffrant ses données et en exigeant une rançon pour les débloquer. En 2025, cette cybercriminalité a généré plus de 800 millions de dollars de profits, principalement via des paiements en cryptomonnaies. Les attaques touchent aussi bien les particuliers que les entreprises, avec des conséquences parfois dramatiques. Par exemple, une cyberattaque en 2025 contre la Direction générale des finances publiques (DGFiP) en France a exposé les données fiscales et cadastrales de 678 000 personnes. Les rançongiciels évoluent : ils passent d’une simple extorsion à une double ou triple extorsion, où les pirates menacent de publier les données volées ou de relancer des attaques si la rançon n’est pas payée.
Le premier rançongiciel, AIDS Trojan, est apparu en décembre 1989. Créé par Joseph Popp, un employé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il se propageait via des disquettes envoyées à des chercheurs et institutions médicales. Après 90 redémarrages, un message exigeait le paiement de 189 dollars pour débloquer l’accès. Popp fut arrêté, mais son idée a inspiré une industrie du rançongiciel bien plus lucrative. En 1996, des chercheurs comme Adam Young et Moti Yung ont théorisé l’utilisation de ce schéma pour des extorsions massives. Depuis, des logiciels comme CryptoLocker (2013), Locky (2016) ou LockBit (2019) ont marqué l’évolution de cette cybercriminalité, passant d’une approche artisanale à une industrie organisée.
L’industrie des rançongiciels représente une manne financière colossale. En 2025, les pertes estimées s’élèvent à 820 millions de dollars aux États-Unis, selon des organismes comme le FBI, le Financial Crime Enforcement Network (FINCEN) ou Chainalysis. Cependant, ces chiffres sous-estiment la réalité, car les entreprises hésitent à déclarer les attaques pour éviter une mauvaise image. Par exemple, l’attaque contre Jaguar Land Rover en 2025 aurait coûté plus de 350 millions de dollars à l’entreprise, sans compter les pertes indirectes pour ses sous-traitants. Les coûts réels incluent aussi la perte de données, le ralentissement d’activité et les frais de remise en état, souvent bien supérieurs au montant des rançons.
Les pirates utilisent de plus en plus les cryptomonnaies, comme le bitcoin ou Monero, pour recevoir les rançons. Le bitcoin permet des paiements à grande échelle, augmentant ainsi le montant des rançons, contrairement aux anciens systèmes comme les numéros de téléphone surtaxés ou les cartes prépayées. Par exemple, les pirates derrière CryptoLocker ont engrangé 8 millions de dollars en six mois dès 2013, tandis que ceux de Locky ont atteint 27 millions en 2016. Les cryptomonnaies offrent aussi une traçabilité limitée, surtout avec des plateformes d’échange peu regardantes, comme BTC-e ou Suex, qui ont été sanctionnées pour blanchiment. Monero, plus anonyme, gagne en popularité, mais son interdiction dans l’Union européenne limite son usage.
Certains États, comme la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord, offrent un refuge aux pirates informatiques et aux plateformes d’échange de cryptomonnaies illégales, tant que leurs activités ne menacent pas les intérêts nationaux. Ces pays agissent comme des safe harbor (havres sûrs) pour les cybercriminels. Par exemple, des plateformes comme Garantex ou Bitzlato ont été utilisées pour blanchir des millions de dollars issus de rançons. Les États-Unis et l’Union européenne tentent de lutter contre ces pratiques en sanctionnant ces plateformes, mais leur efficacité reste limitée face à la complexité des réseaux criminels. Les chercheurs Anja Shortland et Tom Baker soulignent que la lutte contre les rançongiciels ne peut reposer uniquement sur les victimes ou les assureurs, mais nécessite une action coordonnée des pouvoirs publics.
Les pirates utilisent trois méthodes principales pour maximiser leurs profits. La *simple extorsion* consiste à bloquer l’accès aux données et à exiger une rançon pour les débloquer. La *double extorsion* ajoute la menace de publier les données volées si la rançon n’est pas payée, ce qui touche particulièrement les entreprises. Enfin, la *triple extorsion* inclut une nouvelle menace : des attaques par déni de service, rendant les serveurs inaccessibles jusqu’à un nouveau paiement. Par exemple, en 2025, 128 attaques majeures ont été recensées en France, principalement contre des petites et moyennes entreprises. Ces méthodes montrent une professionnalisation croissante de la cybercriminalité.

