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DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos

Next.ink · mis à jour il y a 19 j

Considérés par la Commission européenne comme de très grandes plateformes en ligne, ces trois sites pornographiques sont contraints par le DSA de rendre un rapport d’audit régulièrement. Une étude scientifique estime que ces rapports manquent de transparence et qu’ils oublient d’évoquer les libertés en jeu.

Plateformes concernées

En décembre 2023, la Commission européenne a classé Pornhub, Stripchat et XVideos comme très grandes plateformes en ligne au titre du DSA (Digital Services Act ou règlement sur les services numériques en français). Ce statut impose à ces sites de publier régulièrement des rapports d'évaluation des risques liés à leur fonctionnement. Cependant, Stripchat a depuis été retiré de cette liste. Ces plateformes doivent notamment évaluer les risques systémiques liés à leur conception et mettre en place des mesures pour atténuer ces risques, en tenant compte des droits fondamentaux des utilisateurs. La Commission européenne centralise ces rapports sur une page dédiée, mais certains liens fournis par XVideos pour accéder à ses rapports sont obsolètes, obligeant à consulter une page alternative sur leur site.

Objectif du DSA

Le DSA, entré en vigueur en 2022, vise à renforcer la transparence et la responsabilité des très grandes plateformes en ligne comme les réseaux sociaux ou les sites de partage de contenus. Il impose aux entreprises concernées de publier des rapports détaillant les risques liés à leur activité, tels que la diffusion de contenus illégaux, les discours de haine ou les violences de genre. Ces rapports doivent inclure des mesures d'atténuation des risques et être accessibles au public. Cependant, selon une étude scientifique publiée en 2026 par des chercheuses de l'université de Leiden (Pays-Bas) et un chercheur de l'université Ilmenau (Allemagne), les rapports de Pornhub, Stripchat et XVideos présentent des lacunes majeures en termes de transparence et de rigueur méthodologique.

Lacunes méthodologiques

L'étude révèle que les rapports des trois plateformes souffrent d'une opacité méthodologique, rendant difficile la vérification de leurs conclusions. Les chercheuses et chercheur soulignent que les évaluations, réalisées en interne, manquent de diversité épistémique, c'est-à-dire qu'elles ne s'appuient pas sur des perspectives variées pour identifier et évaluer les risques de manière efficace. Par exemple, les risques liés à la violence de genre sont souvent réduits à la diffusion non consensuelle de contenus sexuels (revenge porn), sans prendre en compte d'autres formes de violences comme les violences conjugales ou les violences contre les femmes en général. Cette approche restrictive fausse l'identification des risques et limite l'efficacité des mesures de prévention.

Problèmes de définition

Les rapports des plateformes présentent des problèmes de définition qui obscurcissent la nature et la gravité des risques. Par exemple, Stripchat définit la traite des êtres humains comme « le fait d’impliquer de force des modèles contre leur gré et d’en tirer un revenu grâce à Stripchat », une définition qui confond des activités distinctes et omet des éléments juridiques essentiels. De même, le rapport d’Aylo (maison mère de Pornhub) considère que les spectateurs ne sont affectés par les deepfakes que s’ils reconnaissent la victime, une approche qui ignore les préjudices causés par ces contenus, indépendamment de leur reconnaissance. XVideos, quant à lui, utilise une catégorie de « contenus problématiques » sans précision, mélangeant des critères juridiques, éthiques et moraux de manière confuse.

Sous-évaluation des risques

Les trois plateformes sous-évaluent systématiquement la gravité des problèmes identifiés. Par exemple, Aylo classe le matériel pédocriminel et les discours de haine comme des risques « lointains ou improbables », malgré leur gravité critique et leur présence avérée sur les plateformes. Cette sous-évaluation repose sur une confusion entre l’existence de mesures de protection et leur efficacité réelle. Les chercheuses et chercheur soulignent que cette approche contredit des recherches existantes et minimise l’ampleur des risques. De plus, les rapports abordent la gestion des contenus sexuels principalement sous l’angle de la protection, sans accorder suffisamment d’attention aux droits des acteurs et créateurs de contenus, ainsi qu’à la liberté des utilisateurs d’accéder à ces contenus de manière consensuelle.

Silence sur les libertés

Les rapports des plateformes ignorent largement les libertés en jeu, notamment les droits des acteurs et créateurs de contenus à produire et partager des contenus sexuels consensuels sans ingérence disproportionnée, ainsi que le droit des utilisateurs à accéder à ces contenus. Cette omission n’est pas neutre politiquement : elle reproduit une asymétrie où les préjudices liés à la présence de contenus illégaux ou préjudiciables sont pris en compte, tandis que ceux découlant de la conception hégémonique masculine et hétéronormative des plateformes restent invisibles. Les chercheuses et chercheur rappellent que la protection des utilisateurs contre les préjudices ne doit pas se faire au détriment de leur autonomie sexuelle.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ces critiques, les chercheuses et chercheur reconnaissent que les rapports de première génération sont rarement parfaits et constituent des points de départ itératifs. Ils espèrent que les plateformes amélioreront leurs évaluations à l’avenir, en s’appuyant notamment sur les retours de leur étude. Ils soulignent que ces documents sont appelés à évoluer et à devenir plus rigoureux, notamment grâce à une meilleure prise en compte des droits fondamentaux et à une méthodologie plus transparente. Cette étude vise donc à encourager une gouvernance des risques plus efficace et inclusive sur ces plateformes.

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