DSA : la transparence limitée et les oublis des audits de Pornhub, Stripchat et XVideos
Le règlement européen sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes en ligne, dont Pornhub, Stripchat et XVideos, de publier des rapports d’évaluation des risques systémiques. Pourtant, une étude récente révèle des lacunes majeures dans leur transparence méthodologique, une sous-évaluation systématique des risques et une approche biaisée qui néglige les droits des créateurs de contenus. Ces manquements soulèvent des questions sur l’efficacité réelle du DSA face à des enjeux complexes comme la violence de genre ou les deepfakes, où les définitions mêmes des risques semblent instrumentalisées.
Pourquoi Pornhub, Stripchat et XVideos sont-ils concernés par le DSA alors que leurs estimations d’utilisateurs étaient initialement très basses ?
La Commission européenne les a classés comme très grandes plateformes en ligne dès décembre 2023, malgré leurs propres estimations basses, car leurs critères de classement ne se limitent pas au nombre d’utilisateurs. Leur statut les oblige à publier des rapports d’évaluation des risques, mais ces documents relèvent davantage d’une conformité symbolique que d’une analyse approfondie, selon l’étude des chercheurs.
Quels sont les principaux biais identifiés dans les rapports d’évaluation des risques de ces plateformes ?
Les chercheurs pointent une opacité méthodologique qui rend les conclusions peu vérifiables, une imprécision conceptuelle dans la définition des risques (comme la réduction de la violence de genre au seul « revenge porn »), et une sous-évaluation systématique des problèmes graves (matériel pédocriminel, discours de haine) en les reclassant comme risques moyens ou faibles sans preuve d’efficacité des mesures d’atténuation.
Comment les plateformes pornographiques abordent-elles les droits des créateurs de contenus dans leurs rapports ?
Les rapports se concentrent presque exclusivement sur les risques de préjudice (protection de l’enfance, violence de genre) au détriment des libertés des acteurs et créateurs, comme leur droit à produire et partager des contenus consensuels sans ingérence disproportionnée. Les chercheurs y voient une asymétrie où certains préjudices (illégaux ou préjudiciables) sont pris en compte, tandis que d’autres, liés à la conception hégémonique masculine des plateformes, restent invisibles.
Pourquoi l’étude critique-t-elle la définition de la traite des êtres humains utilisée par Stripchat ?
Stripchat définit la traite des êtres humains comme « le fait d’impliquer de force des modèles contre leur gré et d’en tirer un revenu grâce à Stripchat », une formulation qui confond des activités distinctes et omet les critères juridiques établis par l’Union européenne. Cette définition restrictive limite la portée des obligations de prévention et masque des réalités plus larges du phénomène.
Ce que ça pourrait changer
Ces lacunes pourraient affaiblir la crédibilité du DSA en donnant l’illusion d’une régulation efficace, alors que les rapports des plateformes restent des exercices de conformité formelle plutôt que des outils de gouvernance des risques. À terme, cela risque de creuser un décalage entre les attentes des régulateurs, les droits des utilisateurs et la réalité des pratiques numériques, notamment sur des sujets sensibles comme l’autonomie sexuelle ou la protection des créateurs. Les chercheurs espèrent que ces premiers rapports, imparfaits, serviront de base à une amélioration progressive, mais soulignent l’urgence d’une diversité épistémique dans les évaluations pour éviter les biais systématiques.

