Pour les écoles, la mère reste le parent à contacter en priorité : une charge mentale qui renforce les inégalités ?
L’ESSENTIEL Les tâches liées à la scolarité des enfants pèsent toujours plus sur les mères que sur les pères. Dans leur manière d’échanger avec les familles, les établissements scolaires contribuent-ils à ce déséquilibre ? Contacter les mères en priorité peut entraîner des inégalités même dans des couples qui se répartissent les tâches.
Les établissements scolaires ont tendance à contacter en priorité les mères pour les questions liées à la scolarité des enfants, même lorsque les deux parents sont disponibles. Une étude menée en 2022 aux États-Unis auprès de plus de 80 000 chefs d’établissement a révélé que, dans 60 % des cas, les écoles appellent d’abord la mère, contre 40 % pour le père. Même lorsque l’e-mail mentionnait explicitement que le père était plus disponible, 40 % des écoles ont tout de même contacté la mère en premier. Ces résultats suggèrent que les écoles considèrent souvent les mères comme le parent par défaut pour les échanges scolaires, sans que cela soit toujours intentionnel.
La charge mentale désigne l’ensemble des tâches invisibles et logistiques liées à la gestion de la vie familiale, comme organiser les rendez-vous médicaux, inscrire les enfants aux activités extrascolaires ou répondre aux communications de l’école. Les études montrent que les mères assument environ 60 % de cette charge, même lorsque les deux parents travaillent à temps plein. Cette répartition inégale peut entraîner un stress chronique, un épuisement professionnel et des inégalités dans les carrières des parents. Par exemple, les mères consacrent en moyenne 1,4 fois plus de temps que les pères aux tâches parentales quotidiennes.
La répartition inégale des tâches parentales a des répercussions sur la vie professionnelle des parents. Les mères, en assumant davantage de responsabilités familiales, peuvent voir leurs horaires de travail réduits, leurs perspectives d’évolution professionnelle limitées et leur rémunération affectée. Par exemple, une étude citée dans l’article indique que les femmes gagnent en moyenne 10 % de moins que les hommes après la naissance d’un enfant, en partie à cause de cette charge mentale accrue. Ces inégalités professionnelles renforcent les disparités de genre existantes.
Les écoles, en contactant systématiquement les mères, contribuent involontairement à renforcer les inégalités de genre dans la répartition des tâches parentales. Même lorsque les pères sont explicitement désignés comme plus disponibles, les écoles continuent souvent de privilégier les mères. Cette tendance s’observe aussi dans d’autres domaines, comme les rendez-vous médicaux ou les activités extrascolaires. Les responsables scolaires agissent ainsi par habitude ou par manque d’informations, mais leurs décisions répétées ont un impact durable sur l’équilibre familial.
Pour réduire ces inégalités, les écoles peuvent mettre en place des procédures permettant aux familles de préciser qui doit être contacté en priorité. Par exemple, dès la rentrée scolaire, les établissements pourraient demander aux parents de désigner explicitement leur préférence pour les échanges. Cette approche permet de mieux refléter la répartition réelle des responsabilités au sein du foyer. Des études montrent que des ajustements simples, comme indiquer un parent plus disponible dans un e-mail, peuvent modifier significativement les comportements des écoles.

