Il y a 300 000 ans, des singes vivaient dans le nord de l'Allemagne
La découverte d’une dent de macaque vieille de 300 000 ans dans le nord de l’Allemagne bouleverse notre compréhension de la répartition géographique des primates en Europe. Ce fossile, trace la plus septentrionale jamais identifiée, révèle une adaptation climatique inattendue et soulève des questions sur les mécanismes de déclin des espèces face aux changements environnementaux et à l’influence humaine.
Quelle est la portée de cette découverte pour la paléontologie et l’évolution des primates en Europe ?
Cette dent de macaque, attribuée à un jeune individu âgé d’environ un an, étend significativement vers le nord la zone connue de présence de ces primates en Europe continentale. Elle confirme que l’espèce Macaca cf. sylvanus a prospéré bien au-delà de son aire actuelle, limitée à l’Afrique du Nord, et suggère une adaptation à des climats plus froids que ceux qu’elle fréquente aujourd’hui.
Quels indices environnementaux accompagnent cette découverte et que révèlent-ils sur le climat de l’époque ?
Les sédiments de Schöningen, où la dent a été exhumée, indiquent un paysage de forêt claire dominé par des bouleaux et des pins, avec des températures moyennes comparables à celles d’aujourd’hui. Les hivers étaient cependant plus froids d’au moins un degré, reflétant un climat plus continental. Ces conditions correspondent aux besoins écologiques des macaques actuels, qui dépendent des arbres pour se nourrir et se protéger.
Pourquoi cette espèce est-elle aujourd’hui en danger critique d’extinction, et comment cette découverte éclaire-t-elle son déclin ?
Le magot, seul macaque d’Afrique du Nord, ne compte plus que 8 000 individus sauvages, principalement dans les montagnes d’Algérie et du Maroc. Son aire de répartition actuelle est un vestige de son habitat historique, réduit par les changements climatiques, la perte de forêts et la pression humaine. La découverte de Schöningen montre que l’espèce a autrefois colonisé des régions bien plus septentrionales, avant de reculer sous l’effet des glaciations et de l’expansion humaine.
Quels sont les acteurs scientifiques impliqués dans cette découverte et quelles méthodes ont été utilisées pour l’analyser ?
L’étude a été menée par des chercheurs de l’université de Leyde (Pays-Bas) et du Centre Senckenberg pour l’évolution humaine et le paléoenvironnement de l’université de Tübingen (Allemagne). La dent, identifiée comme une molaire de lait, a été analysée dans le cadre de fouilles archéologiques menées à Schöningen, un site renommé pour ses vestiges paléolithiques exceptionnellement conservés.
Ce que ça pourrait changer
Cette découverte rappelle que les espèces actuelles ne reflètent qu’une infime partie de leur histoire évolutive et de leur potentiel adaptatif. Elle invite à reconsidérer les stratégies de conservation, non seulement en protégeant les habitats résiduels, mais aussi en étudiant les capacités d’adaptation des espèces à des climats changeants. Par ailleurs, elle souligne l’importance des sites archéologiques comme Schöningen pour reconstruire les écosystèmes passés et anticiper les impacts futurs des bouleversements environnementaux.

