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Après le choc énergétique, le spectre d’une crise alimentaire mondiale se dessine

Le Devoir · mis à jour il y a 2 h

Les prix agricoles mondiaux grimpent fortement et la tendance s’accélère, note l’agence onusienne pour l’agriculture..

Crise énergétique et alimentaire

En 2026, l'augmentation des prix de l'énergie, notamment due à un conflit au Moyen-Orient, a provoqué une hausse des coûts de production agricole. Cette situation alimente une inflation des prix des denrées alimentaires à l'échelle mondiale. Selon le FIDA (Fonds international de développement agricole), les prix agricoles ont augmenté de 13 % au troisième trimestre 2026, et cette tendance s'accélère. Le carburant et les engrais, dont les coûts dépendent fortement de l'énergie, sont particulièrement touchés. Par exemple, les petits cultivateurs en Asie du Sud-Est utilisent jusqu'à 200 kilogrammes d'engrais par hectare et par an, ce qui rend leur production plus coûteuse et moins rentable. Cette hausse des prix menace de rendre les aliments sains, comme les légumineuses, les légumes ou la viande, inaccessibles pour une partie importante de la population mondiale.

Impact sur les populations

Près d'une personne sur trois dans le monde ne peut déjà plus se permettre une alimentation saine, selon le FIDA. Cette situation est particulièrement critique dans les pays en développement, où l'alimentation représente une part majeure du budget des ménages. Par exemple, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, l'insécurité alimentaire touche environ 260 millions de personnes. Les hausses de prix des produits de base aggravent cette précarité, car les populations les plus vulnérables n'ont pas les moyens de compenser ces augmentations. Le président du FIDA, Alvaro Lario, souligne que les populations les moins en mesure de supporter ces coûts seront les premières affectées dans les six à neuf prochains mois.

Rôle des petits agriculteurs

Les petits exploitants agricoles jouent un rôle clé dans la production alimentaire mondiale : ils assurent un tiers de la production globale et jusqu'à 70 % dans certains pays en développement. Cependant, ils sont les plus pénalisés par la hausse des coûts énergétiques, car ils dépendent fortement des engrais et des carburants pour leurs activités. Leur productivité est directement menacée par cette situation, ce qui pourrait entraîner une baisse des rendements et une augmentation des prix des denrées. Par exemple, en Amérique centrale, des pertes de récoltes de maïs et de haricots ont déjà été observées au Salvador et au Honduras. Les gouvernements disposent de peu de marges de manœuvre pour aider ces agriculteurs, car les budgets sont limités.

Menace climatique El Niño

Le phénomène climatique El Niño, qui se manifeste en 2026, aggrave la crise alimentaire en perturbant les récoltes dans plusieurs régions du monde. En Afrique, en Asie et en Amérique latine, les conditions météorologiques défavorables réduisent les rendements agricoles. Par exemple, en Inde, la mousson irrégulière limite la disponibilité en eau, essentielle pour près de la moitié des terres cultivées du pays. Les Philippines, l'Indonésie et l'Afrique du Sud sont également exposées à des pertes de rendement. Les experts d'Oxford Economics soulignent que les possibilités d'adaptation à court terme sont limitées, car les cycles des cultures sont fixes et les alternatives coûteuses ou difficiles à mettre en place.

Réponses des institutions

Face à cette crise, des institutions internationales tentent d'apporter des solutions. Le G7 a annoncé le 16 octobre 2026 un engagement de 2,5 milliards de dollars pour aider les pays menacés d'insécurité alimentaire, en ciblant notamment les engrais. Le FMI (Fonds monétaire international) propose d'aider les ménages vulnérables via des transferts ciblés ou des programmes d'alimentation scolaire. Le FIDA, qui agit dans 90 pays, encourage les investissements à long terme pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires. Cela inclut l'amélioration de l'irrigation, du stockage, de la transformation locale des produits et de l'accès aux marchés. Cependant, seulement moins de 1 % des financements climatiques mondiaux sont actuellement alloués aux petits agriculteurs, alors que leur rôle est crucial pour la sécurité alimentaire.

Ce que ça pourrait changer

Pour rendre les systèmes alimentaires plus résilients, Alvaro Lario, président du FIDA, insiste sur la nécessité d'investir dans des solutions durables. Cela passe par le renforcement de l'irrigation de précision, l'utilisation de semences résistantes à la sécheresse, ou encore la préservation des mangroves qui protègent les cultures en zone côtière. L'agriculture est un secteur économique qui repose sur la santé des sols et la disponibilité en eau, deux ressources fortement affectées par le changement climatique. Le FIDA, qui fonctionne comme une banque de développement, cherche également à attirer des capitaux privés pour compléter les financements publics et répondre à l'ampleur des besoins.

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