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Droit

Myanmar : trafics, escroqueries et mines illégales nourrissent le conflit

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 13 j

Les trafics de drogue, les centres d’escroquerie et l’exploitation minière illégale prospèrent sur fond d’effondrement de l’État de droit au Myanmar. Selon le chef des droits de l’homme de l’ONU, ces activités alimentent le conflit, aggravent les atteintes aux droits humains et privent la population de ses ressources..

Coup d’État et crise

Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, le pays traverse une crise multidimensionnelle marquée par l’effondrement des institutions démocratiques et une escalade de la violence. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a décrit lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme à Genève une situation où les économies criminelles et extractives se développent dans l’ombre du régime autoritaire. Cette crise s’accompagne d’une augmentation des violations des droits humains, notamment contre les minorités comme les Rohingyas, et d’une dégradation environnementale accélérée. Le Myanmar est désormais le premier producteur mondial d’opium et de méthamphétamines, tandis que l’exploitation des terres rares a bondi de plus de 150 % depuis le putsch, transformant le pays en un terrain propice aux trafics et aux conflits.

Terres rares et destruction

L’exploitation intensive des terres rares au Myanmar a augmenté de plus de 150 % depuis le coup d’État, faisant de ce pays un acteur majeur sur le marché mondial de ces minerais stratégiques. Les terres rares sont des métaux essentiels à la fabrication de nombreux produits high-tech, comme les smartphones ou les éoliennes. Cependant, leur extraction au Myanmar repose sur des techniques hautement destructrices pour l’environnement. Les forêts sont rasées, et les eaux de ruissellement sont contaminées par des éléments radioactifs et des produits chimiques toxiques, tels que l’arsenic et le plomb. Cette pollution menace les ressources en eau potable et les moyens de subsistance des populations locales, notamment en Thaïlande et dans le bassin du Mékong. Les conséquences sanitaires et écologiques sont graves, avec des risques accrus de maladies et de dégradation des écosystèmes.

Travail forcé et violences

Les sites miniers illégaux au Myanmar reposent sur des pratiques de travail abusives, exposant les travailleurs, en particulier les femmes, à des dangers mortels. Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, a dénoncé des conditions de travail inhumaines, incluant des violences sexuelles systématiques et des abus institutionnalisés. Les travailleurs sont souvent soumis à des horaires interminables, à des salaires de misère et à l’absence de protections sociales ou médicales. Ces pratiques s’inscrivent dans un contexte plus large de violations des droits humains, où les minorités ethniques et les populations vulnérables sont les premières victimes. Les violences et les discriminations sont aggravées par l’instabilité politique et les conflits armés qui déchirent le pays.

Escroqueries et trafics frontaliers

Depuis le coup d’État, les centres d’escroqueries se multiplient aux frontières et dans les grandes villes du Myanmar, alimentant un réseau criminel transnational. Ces centres sont associés à des activités frauduleuses, des enlèvements, de la traite des êtres humains, de l’esclavage moderne, des violences sexuelles et de l’exploitation. Les victimes, souvent issues de milieux précaires, sont piégées par des promesses d’emploi ou de revenus, avant d’être réduites en esclavage ou contraintes à des activités illégales. Ces trafics exacerbent l’instabilité régionale et alimentent les conflits internes, tout en créant des réseaux criminels qui s’étendent au-delà des frontières du Myanmar, notamment en Thaïlande et en Chine.

Crise humanitaire des Rohingyas

La communauté rohingya, une minorité musulmane du Myanmar, est particulièrement touchée par la crise actuelle. Depuis le coup d’État, plus de 1 200 civils rohingyas ont été tués, selon des sources fiables, tandis que le chiffre réel pourrait dépasser les 3 000. Les violences incluent des arrestations arbitraires, des tortures, des violences sexuelles, des disparitions forcées, du travail forcé et des recrutements forcés, perpétrés par l’armée birmane et l’Armée d’Arakan. Les Rohingyas subissent également des saisies de terres dans les zones contrôlées par l’Armée d’Arakan. Plus de 154 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh depuis début 2024, s’ajoutant aux près d’un million de réfugiés déjà présents dans ce pays, dans des camps où les conditions de vie restent précaires.

Crimes internationaux et impunité

Le Président du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar, Nicholas Koumjian, alerte sur l’intensification des crimes internationaux dans le pays, avec une fréquence et une intensité croissantes. L’armée birmane recourt de plus en plus aux frappes aériennes, ciblant délibérément des civils, des écoles, des hôpituses et des édifices religieux. Plus de 600 frappes aériennes contre des lieux de culte ont été recensées depuis le coup d’État. Ces attaques, comme le bombardement d’un monastère pendant une retraite bouddhiste dans la région de Sagaing, illustrent une stratégie de terreur visant à affaiblir les opposants et à contrôler les populations. Ces crimes, qualifiés de violations graves du droit international, restent largement impunis en raison de l’absence de justice indépendante au Myanmar.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’aggravation de la crise, Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, a appelé les États membres à saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour juger les responsables des crimes commis au Myanmar. Il a également demandé la fin des transferts d’armes vers le pays, afin de couper les ressources du régime militaire. Türk a insisté sur le principe de non-refoulement, interdisant le retour forcé des réfugiés rohingyas et d’autres minorités dans un contexte d’insécurité persistante, qualifiant un tel retour de « violation flagrante » de ce principe. Ces appels s’inscrivent dans une volonté de mettre fin à l’impunité et de protéger les populations civiles, alors que la situation humanitaire et sécuritaire continue de se dégrader.

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