Thélyson Orélien nie avoir utilisé l’IA pour écrire son roman C’était ça ou mourir
L'auteur canado-haïtien se défend dans une entrevue accordée au quotidien français Libération..
Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien, est accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour rédiger son roman C’était ça ou mourir, en compétition pour des prix littéraires prestigieux comme le Goncourt. Ces accusations proviennent d’un compte anonyme sur X (Balance ton Claude), qui affirme avoir analysé des extraits du roman avec Pangram, un logiciel spécialisé dans la détection de contenus générés par IA. Selon Pangram, le roman serait rédigé presque intégralement par une IA, avec un taux de détection de 100 % pour les passages testés. Le compte a publié des captures d’écran des deux premiers chapitres comme preuve. Pangram est présenté comme l’un des détecteurs d’IA les plus fiables, avec un taux de faux positifs estimé à 0,01 % pour l’ensemble des textes analysés et à 0,003 % pour les livres.
Thélyson Orélien rejette catégoriquement ces accusations dans une entrevue accordée au journal Libération. Il déclare : « Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », soulignant que son style littéraire, marqué par des images, des répétitions et des rythmes, est le reflet de sa propre voix et de ses traditions haïtiennes et caribéennes. L’auteur évoque également une campagne de harcèlement racial à son encontre depuis son arrivée en France pour promouvoir son livre. Il affirme préparer un dossier avec ses éditeurs pour prouver son innocence, précisant : « Je ne suis pas triste, mais en colère. »
Les Éditions du Boréal, qui ont publié C’était ça ou mourir au Canada, ont réagi aux allégations en réaffirmant leur confiance totale dans le travail de Thélyson Orélien, tout en indiquant qu’il était trop tôt pour commenter davantage. Leur homologue français, Grasset, a pour sa part dénoncé une « campagne de haine » et une « théorie du complot », critiquant les outils de détection d’IA qu’ils qualifient eux-mêmes d’IA capables de produire des résultats erronés, comme une prétendue analyse suggérant que la Bible aurait été écrite par une IA. Grasset a refusé de s’engager dans une « guerre » contre les détracteurs, qualifiant les attaques de contre-productives.
L’utilisation de Pangram pour détecter l’usage de l’IA soulève des questions sur la fiabilité de ces outils. Une étude de l’Université Stanford en 2023 a révélé que les détecteurs d’IA avaient tendance à identifier à tort comme générés par IA des textes rédigés par des auteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Pangram, bien que n’ayant pas existé au moment de l’étude, affirme que ses tests internes ne montrent aucun biais de ce type. Cette problématique est particulièrement pertinente pour Thélyson Orélien, dont le roman s’inspire de traditions littéraires haïtiennes et caribéennes, distinctes des standards français souvent utilisés pour entraîner ces outils.
Thélyson Orélien, né aux Gonaïves en Haïti, a quitté son pays après le séisme de 2010 pour s’installer à Montréal, puis à Ottawa en 2022. Son roman *C’était ça ou mourir*, publié en mars 2024 au Québec, raconte l’exil forcé d’un professeur haïtien, Jonas Dorléon, traversant l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale et les États-Unis pour rejoindre le Canada via le chemin Roxham. L’auteur affirme avoir rencontré des migrants dans des centres d’accueil aux États-Unis et au Canada pour nourrir son récit. Le livre a connu un succès immédiat au Québec et en France, où il est paru en août 2024. Il a déjà remporté plusieurs prix, dont le prix Méduse, le prix Strasbourg Espoir CIC, et le prix du roman Fnac en France, et est en lice pour les prix Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis.

