“Carrie”, “À l’est d’Éden”
Ils sont méchants parce qu’ils ont souffert dans leur enfance. Plusieurs des séries à voir en cette rentrée débordent d’empathie pour leurs protagonistes.
Les séries contemporaines comme À l’est d’Éden ou Carrie transforment les méchants traditionnels en personnages plus nuancés. Dans À l’est d’Éden, adapté du roman de John Steinbeck publié en 1952, le personnage de Cathy Ames (renommée Kate dans la série Netflix) incarne cette évolution. Autrefois perçue comme une figure de cruauté pure, elle est désormais présentée comme un personnage complexe dont la méchanceté s’explique par des traumatismes passés. Florence Pugh, qui joue ce rôle, et la scénariste Zoe Kazan (petite-fille d’Elia Kazan, réalisateur de l’adaptation cinématographique de 1955) ont ajouté des éléments psychologiques pour humaniser ce personnage. Ainsi, sa violence n’est plus gratuite mais présentée comme une réponse à des souffrances antérieures, ce qui divise la critique.
La chroniqueuse britannique Rebecca Nicholson, dans The Guardian, s’interroge sur la disparition des méchants traditionnels dans les séries et films récents. Selon elle, les personnages malveillants sont désormais souvent dotés de motivations compréhensibles, voire d’une forme d’empathie, ce qui rend leur détestation plus difficile. Par exemple, dans À l’est d’Éden, Cathy Ames tue ses parents, son mari et abandonne ses enfants, mais son parcours est expliqué par des traumatismes d’enfance. Cette tendance reflète un changement culturel où la complexité psychologique prime sur la simplicité morale. Nicholson souligne que ce phénomène peut altérer le plaisir de haïr un personnage, un élément central de l’expérience narrative pour certains spectateurs.
La nouvelle adaptation d’À l’est d’Éden par Netflix respecte globalement l’intrigue du roman de Steinbeck, publié en 1952. Cependant, quelques modifications ont été apportées pour moderniser l’histoire. Par exemple, les scénaristes ont inventé une photo de mariage comme élément clé de l’intrigue, ce qui n’existait pas dans le livre. Malgré ces ajustements, la série conserve l’essence du roman, notamment la transformation du personnage de Cathy Ames en Kate. Cette adaptation illustre une tendance actuelle où les œuvres classiques sont réinterprétées pour refléter les attentes contemporaines, notamment en matière de développement des personnages.
La transformation du personnage de Cathy Ames en Kate a suscité des débats parmi les critiques. Certains saluent cette approche pour sa profondeur psychologique et sa capacité à rendre le personnage plus humain, même dans ses actes les plus violents. D’autres, en revanche, regrettent que cette complexité nuise à l’impact du méchant traditionnel, dont la méchanceté pure était souvent un élément central de l’histoire. Par exemple, dans le roman original, Cathy Ames admet ne ressentir aucun sentiment après avoir tué Faye, une figure maternelle symbolique. Cette absence de remords était un trait marquant de son caractère. La série, en revanche, cherche à expliquer ses actes, ce qui peut atténuer la force du personnage pour certains spectateurs.
Cette évolution des méchants à l’écran s’inscrit dans un contexte culturel plus large où l’empathie et la compréhension des motivations des personnages deviennent des priorités. Les séries contemporaines, notamment celles produites par des plateformes comme Netflix, privilégient souvent des récits qui explorent les origines des comportements violents ou immoraux. Cette tendance reflète une société où la psychologie et les traumatismes sont de plus en plus mis en avant pour expliquer les actions humaines. Elle s’accompagne aussi d’une remise en question des récits traditionnels, où les méchants étaient souvent des figures stéréotypées de la cruauté sans explication.

