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Culture

3500 ans d'histoire de la variole ovine dévoilés par l'analyse de génomes cachés dans des manuscrits

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 6 j

La variole du mouton fait des ravages depuis des siècles et, pour reconstituer son histoire, des scientifiques du University Collège de Dublin ont analysé l'ADN caché dans des manuscrits du Moyen-Âge et autres matériaux archéologiques..

Une maladie millénaire

La variole ovine, aussi appelée clavelée, est une maladie virale qui touche les moutons et qui existe depuis des millénaires. Elle est très proche de la variole humaine, une autre maladie virale aujourd’hui éradiquée. Aujourd’hui, cette maladie peut encore tuer entre 50 % et 80 % d’un troupeau de moutons non immunisé, en particulier les jeunes animaux. Bien qu’elle ait disparu d’Europe grâce aux vaccins, elle réapparaît dans certaines régions comme la Grèce ou les Balkans. Les premières descriptions écrites de cette maladie remontent à l’Antiquité romaine, mais les scientifiques cherchent aujourd’hui à confirmer ces récits par des preuves biologiques.

Une méthode innovante

Pour retracer l’histoire de la clavelée, des chercheurs du University College de Dublin ont utilisé une méthode originale : analyser l’ADN caché dans des manuscrits anciens. En effet, les parchemins sont fabriqués à partir de peaux d’animaux, ce qui permet de retrouver des traces génétiques de ces animaux, mais aussi des virus qu’ils pouvaient porter. Cette approche évite de devoir se fier uniquement aux restes archéologiques, souvent incomplets ou peu représentatifs, car les animaux domestiques morts de maladie sont rares dans les fouilles. Les scientifiques ont ainsi prélevé des échantillons sur des parchemins médiévaux, comme les Évangiles de York ou un dictionnaire anglais du Moyen Âge, ainsi que sur des dents fossilisées vieilles de près de 10 000 ans.

Des génomes dans les parchemins

Les parchemins, en plus de contenir des traces ADN des animaux utilisés pour leur fabrication, peuvent aussi renfermer des informations sur le microbiome de la peau et des utilisateurs. Le microbiome désigne l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons) présents sur une surface ou dans un environnement. Grâce à des techniques non destructives, comme le grattage léger avec de la gomme, les chercheurs ont pu extraire et séquencer l’ADN de 750 échantillons de parchemins. Ils ont ensuite comparé ces séquences avec des bases de données modernes pour identifier des virus anciens, dont celui de la clavelée.

Une origine il y a 5 000 ans

En analysant les génomes viraux anciens retrouvés dans les parchemins, les scientifiques ont confirmé l’origine ancienne de la clavelée, déjà évoquée dans des textes antiques. Ils ont également utilisé une horloge moléculaire, un outil qui permet de dater l’émergence et l’évolution des espèces ou des virus en comparant leurs génomes. Grâce à cette méthode, ils ont pu déterminer que la clavelée est apparue il y a environ 5 000 ans. Cette découverte valide les récits historiques tout en apportant une preuve biologique solide, combinant ainsi histoire et science pour mieux comprendre cette maladie.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son éradication en Europe, la clavelée fait un retour préoccupant dans certaines régions, notamment en Grèce et dans les Balkans. Cette résurgence rappelle l’importance de surveiller les maladies animales, non seulement pour protéger les troupeaux, mais aussi parce que certaines de ces maladies peuvent représenter un risque pour la santé humaine. Les chercheurs soulignent que des méthodes comme l’analyse de l’ADN dans les parchemins pourraient être utilisées pour étudier d’autres pathogènes anciens et mieux anticiper les menaces futures. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre l’histoire des maladies et leur impact sur les sociétés humaines et animales.

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