«La télévision à l’ère #MeToo»: le cran du féminisme à l’écran
Anne-Sophie Gravel décortique la télévision à l’ère #MeToo..
L’article explore comment la télévision contemporaine intègre une perspective féministe pour aborder des thèmes comme le harcèlement sexuel, les violences sexuelles et le consentement. L’auteure, Anne-Sophie Gravel, analyse cette évolution à travers des séries comme The Handmaid’s Tale (2017-2025), Big Little Lies (2017-2019) et Outlander (2014-2026), qui ont marqué les esprits par leur audace narrative. Ces productions, souvent adaptées de romans écrits par des femmes et réalisées par des équipes majoritairement féminines, proposent des personnages féminins complexes et des intrigues qui remettent en question les stéréotypes de genre. Gravel souligne que ces séries ne se contentent pas de divertir : elles éduquent et sensibilisent le public à des enjeux sociétaux cruciaux, notamment à travers des scènes analysées en détail, où la mise en scène devient un outil de dénonciation.
L’article introduit le concept de male gaze (regard masculin), une norme visuelle développée principalement par des hommes au cinéma et à la télévision, qui réduit souvent les personnages féminins à des objets de désir ou à des rôles passifs. À l’inverse, Anne-Sophie Gravel défend le female gaze (regard féminin), une approche qui donne aux personnages féminins une subjectivité et une agentivité, c’est-à-dire un pouvoir d’agir sur leur propre vie et celle des autres. Par exemple, dans The Handmaid’s Tale, la caméra adopte le point de vue d’Emily, une servante violée, pour amplifier l’horreur de sa situation et éviter une neutralité illusoire. Gravel note que cette méthode ne se limite pas à inverser les rôles, mais cherche à offrir une représentation plus équilibrée et réaliste des femmes.
Le mouvement #MeToo, né vers 2017 autour de dénonciations d’agressions sexuelles, a profondément influencé la télévision en encourageant une représentation plus critique des violences faites aux femmes. Anne-Sophie Gravel, dont les recherches correspondent à cette période, observe que les séries ont évolué plus rapidement que le cinéma pour intégrer ces enjeux. Elle cite notamment l’affaire Harvey Weinstein, déclencheur de la quatrième vague féministe, qui a poussé les industries culturelles à repenser leurs narratives. Gravel souligne que les productions analysées dans son essai reflètent cette prise de conscience, en abordant des thèmes comme le consentement, la sororité et la culture du viol, tout en utilisant des équipes féminines pour renforcer cette perspective.
Anne-Sophie Gravel ne se contente pas d’analyser les intrigues des séries : elle décortique aussi leur construction technique pour montrer comment ces éléments renforcent le message féministe. Par exemple, dans The Handmaid’s Tale, la caméra reste à l’intérieur du fourgon où Emily est ligotée, amplifiant son impuissance et l’angoisse du spectateur. Gravel explique que des choix comme les mouvements de caméra, les cadrages, le montage et la trame sonore transforment la mise en scène en outil de dénonciation. Elle insiste sur le fait que ces techniques, souvent invisibles pour le public, sont pourtant essentielles pour transmettre l’oppression subie par les personnages féminins et pour donner une voix à leur expérience.
Les trois séries analysées dans l’essai sont The Handmaid’s Tale (adaptée d’un roman canadien de Margaret Atwood et tournée à Toronto), Big Little Lies (réalisée par le Québécois Jean-Marc Vallée) et Outlander (basée sur un roman éroticofantastique). Gravel explique que ces choix reflètent une volonté de montrer comment des productions variées, y compris des œuvres considérées comme « grand public », peuvent intégrer une perspective féministe. Outlander, par exemple, utilise un voyage dans le temps pour critiquer le traitement des femmes à différentes époques. L’auteure souligne que ces séries totalisent plus de 180 épisodes et offrent une représentation innovante des genres, tout en restant accessibles au grand public.
Anne-Sophie Gravel défend l’idée que la fiction télévisuelle peut être un levier puissant pour faire évoluer les mentalités. Elle cite Shakespeare pour rappeler que « les responsabilités commencent dans les rêves », suggérant que les séries, en proposant des modèles alternatifs, influencent la société. Gravel évoque aussi son attachement personnel à des séries comme *Buffy contre les vampires*, qu’elle a découvertes à 12 ans, pour illustrer l’impact durable de ces récits sur les représentations et les aspirations. Selon elle, des productions comme *The Handmaid’s Tale* ou *Big Little Lies* éduquent de manière organique, en intégrant des messages féministes sans être moralisatrices, ce qui les rend plus efficaces pour toucher un large public.

