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GÉNÉRALISTE

«La télévision à l’ère #MeToo»: le cran du féminisme à l’écran

Source unique·il y a 24 j

L’ère #MeToo a-t-elle transformé la télévision en un laboratoire de représentations féministes ? L’essai d’Anne-Sophie Gravel, issu de sa thèse doctorale remaniée, décrypte comment des séries comme The Handmaid’s Tale, Big Little Lies ou Outlander exploitent leur langage visuel et narratif pour subvertir le male gaze et offrir une agentivité inédite aux personnages féminins. À travers une analyse minutieuse des choix esthétiques et des dynamiques de production, l’autrice interroge la capacité de la fiction à réinventer les rapports de genre à l’écran, entre dénonciation et empowerment.

Comment Anne-Sophie Gravel articule-t-elle son analyse des séries avec le mouvement #MeToo ?

L’autrice lie directement ses recherches universitaires, menées entre 2017 et 2025, à la quatrième vague féministe née du #MeToo, en montrant comment les séries télévisées ont intégré des enjeux comme le harcèlement, les violences sexuelles ou le consentement bien avant le cinéma. Elle souligne que ces productions, souvent portées par des équipes féminines, transforment la fiction en outil de dénonciation et de sororité, tout en questionnant l’impact des mouvements sociaux sur les représentations médiatiques.

Quelle distinction Gravel établit-elle entre le female gaze et une simple inversion du male gaze ?

Contrairement à une approche qui se contenterait d’inverser les rôles en réduisant les hommes à des objets passifs, le female gaze vise à donner une subjectivité et une agentivité aux personnages féminins, en leur offrant un pouvoir d’agir sur leur destin et celui des autres. Gravel insiste sur cette nuance : il ne s’agit pas de remplacer une domination par une autre, mais de sortir des schémas binaires pour complexifier les représentations.

Pourquoi Gravel privilégie-t-elle des séries issues de romans écrits par des femmes et adaptés par des équipes féminisées ?

L’autrice postule que ces choix créatifs favorisent une approche plus critique des enjeux de genre, comme en témoignent les adaptations de The Handmaid’s Tale (Margaret Atwood), Big Little Lies (Gillian Flynn) ou Outlander (Diana Gabaldon). Ces séries, souvent perçues comme des divertissements, intègrent une dimension revendicative qui reflète une volonté de repenser les stéréotypes, y compris dans des genres comme la dystopie ou l’éroticofantastique.

Quel rôle joue la télévision américaine dans ce paysage, selon Gravel ?

Gravel reconnaît que les séries américaines dominent les écrans, y compris au Québec, en raison de leur diffusion massive et de leur influence culturelle. Elle note cependant que ces productions, bien que souvent analysées, ne doivent pas éclipser la qualité des séries locales, comme Unité 9. Son essai se concentre sur des mégaproductions américaines pour des raisons d’impact, mais ouvre la porte à une extension de l’analyse à d’autres formats ou régions.

Ce que ça pourrait changer

Cette réflexion pourrait accélérer une prise de conscience collective sur le pouvoir des fictions comme leviers de changement social, en montrant que des choix esthétiques et narratifs peuvent déconstruire des normes patriarcales bien ancrées. Elle invite aussi à interroger les conditions de production des œuvres, où la diversité des équipes créatives pourrait devenir un critère de qualité et d’innovation. Enfin, elle rappelle que la télévision, contrairement au cinéma, semble plus réactive aux évolutions sociétales, offrant un terrain privilégié pour expérimenter de nouvelles représentations.

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