Le coton, maillon faible du réarmement européen
La production de munitions dépend encore largement d’une matière issue du coton, la nitrocellulose, dont la Chine est un fournisseur majeur. Confrontés à des stocks insuffisants, les pays de l’Otan cherchent désormais à relocaliser sa fabrication et à diversifier leurs approvisionnements..
Le coton-poudre est une forme de nitrocellulose obtenue après traitement à l’acide de fibres courtes de coton, résidu de l’égrenage des graines. Cette matière hautement inflammable joue un rôle central dans la propulsion des munitions modernes. Par exemple, elle permet aux obus de 155 millimètres, des projectiles d’artillerie très demandés depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, d’atteindre des portées de plusieurs dizaines de kilomètres. Sans coton-poudre, ces obus ne pourraient pas être tirés avec une telle précision et une telle distance. Cette dépendance illustre un paradoxe : une fibre associée aux vêtements et au textile est devenue un élément stratégique pour les armées.
L’Europe fait face à une pénurie critique de coton-poudre et d’autres composants essentiels comme le TNT (trinitrotoluène), un explosif utilisé dans les munitions. Selon Peter Russell, responsable des relations investisseurs chez Czechoslovak Group, un producteur européen d’obus de 155 millimètres, le vrai goulot d’étranglement n’est pas la capacité de production des obus, mais l’approvisionnement en coton-poudre et en TNT. L’Europe ne dispose plus que d’une seule usine produisant du TNT, située en Pologne. Pour sécuriser ses stocks, l’Europe devrait plus que doubler sa production annuelle de TNT, passant de 8 000 à 20 000 tonnes. Cette dépendance expose les armées européennes à des risques logistiques et stratégiques majeurs.
La production européenne de coton-poudre et de TNT ne suffit plus à couvrir les besoins militaires, malgré les investissements dans les capacités de production d’obus. Les contraintes administratives, comme les normes environnementales ou les délais d’autorisation, ralentissent la mise en place de nouvelles unités de production. Ces retards aggravent la dépendance de l’Europe vis-à-vis des importations, notamment en provenance d’Asie ou des États-Unis. Sans une augmentation rapide de la production locale, les armées européennes pourraient se retrouver en difficulté pour maintenir leurs stocks de munitions, surtout dans un contexte de tensions géopolitiques accrues.
La guerre en Ukraine a révélé l’importance cruciale des chaînes d’approvisionnement en composants militaires, dont le *coton-poudre* et le TNT. L’OTAN, dont fait partie la plupart des pays européens, dépend fortement de ces ressources pour équiper ses forces. La production locale insuffisante force les pays membres à se tourner vers des fournisseurs étrangers, ce qui pose des risques en cas de crise ou de conflit. Peter Russell souligne que même avec des investissements massifs dans les capacités de production d’obus, sans une résolution du problème des composants essentiels, les efforts restent vains. Ce constat met en lumière la vulnérabilité des industries de défense européennes face à des chaînes d’approvisionnement fragilisées.

