Un budget qui « rattrape le réel »
La liste des métaphores utilisées pour décrire le poids des contraintes qui pèsent sur le gouvernement dans l’élaboration du budget ne cesse de s’allonger. Certes, depuis plusieurs années cet exercice stylistique est devenu un « marronnier » du mois de septembre, mais cette fois la situation semble….
La France traverse une période économique particulièrement sombre en 2026, marquée par plusieurs indicateurs alarmants. Le chômage atteint 8,3 %, un niveau élevé depuis 2023, tandis que la croissance stagne avec un recul de –0,2 % au premier trimestre et une croissance nulle au deuxième. Le pouvoir d’achat des ménages diminue pour la deuxième année consécutive, après une première baisse en 2025. L’inflation, tirée par la hausse des prix de l’énergie et des produits frais, atteint 3 % en septembre 2026. Ces difficultés aggravent la pauvreté, qui touche désormais 15,4 % de la population, soit le niveau le plus élevé depuis 1996, date des premières mesures de l’Insee. Les inégalités, mesurées par l’indice de Gini, atteignent des records : 0,3 pour les niveaux de vie et 0,66 pour les patrimoines, reflétant une concentration croissante des richesses.
Face à cette situation, le gouvernement propose un budget 2027 très restrictif, visant à réduire le déficit public de 5,4 % à 5 % du PIB. Cet effort représente une baisse de 1,2 % du PIB pour les dépenses publiques, qui passent de 57,1 % à 56,9 % du PIB, tandis que les prélèvements obligatoires augmentent légèrement, de 43,9 % à 44,2 %. Le Premier ministre justifie cette rigueur en déclarant que « le réel nous rattrape », soulignant la nécessité de maîtriser la dette publique, qui atteint 115 % du PIB. Cependant, cette politique risque de freiner davantage la croissance, déjà fragile, en réduisant la consommation et l’investissement. La Banque centrale européenne (BCE) alourdit encore cette pression en maintenant une politique monétaire restrictive, avec des taux d’intérêt élevés et une réduction de son bilan (quantitative tightening).
La dette française, à 115 % du PIB, s’accompagne d’une charge d’intérêts en hausse, alimentée par des taux d’intérêt sur les obligations qui s’envolent. L’écart de taux (spread) entre les obligations françaises et allemandes à dix ans atteint 150 points de base, un niveau comparable à celui de la crise de la zone euro. Cette situation expose la France à un risque accru de spéculation, notamment via les hedge funds (fonds spéculatifs), qui représentent la moitié des échanges sur les titres obligataires européens. Si la dette devenait ingérable, la BCE pourrait intervenir pour éviter un effondrement financier, mais une telle crise aurait des répercussions majeures sur l’économie française et européenne. Le gouvernement doit donc éviter une stratégie qui aggraverait cette fragilité.
Le budget proposé est critiqué pour son manque de réalisme et son impact négatif sur la croissance. Les prévisions de croissance à 1 % et d’inflation à 1,7 % sont jugées trop optimistes, tandis que les mesures d’austérité risquent d’aggraver la récession. Parmi les décisions controversées figurent la baisse des aides au logement (APL), le gel du point d’indice des salaires publics et des retraites à partir de 1 260 €, ainsi que l’augmentation des restes à charge pour les malades. Le gouvernement propose aussi de réduire les allocations de rentrée pour les familles modestes, alors que le seuil de pauvreté est fixé à 1 114 € par mois. Ces mesures sont perçues comme injustes et pourraient accentuer les tensions sociales et économiques.
Plutôt que de cibler les dépenses sociales, l’article suggère des réformes fiscales pour réduire les inégalités. Il propose notamment d’instaurer une fiscalité plus forte sur les très gros héritages, alors que 60 % des fortunes sont aujourd’hui transmises par héritage, contre 35 % dans les années 1970. Le gouvernement est également critiqué pour ne pas remettre en cause des dispositifs comme le crédit impôt recherche ou les aides aux entreprises, qui profitent surtout aux ménages aisés. Il est aussi question de supprimer la surtaxe pour les grands groupes, alors que la France est le deuxième pays mondial en termes de dividendes versés. Enfin, le budget est jugé trop complaisant envers l’extrême droite, avec des mesures symboliques comme la réduction du « train de vie de l’État » ou la préférence nationale, qui pourraient accélérer son ascension politique.
Le gouvernement est sommé de revoir sa copie pour éviter une « catastrophe économique et sociale », selon les termes du ministre de l’Économie. Il doit d’abord aligner le budget sur des prévisions macroéconomiques réalistes, puis proposer une trajectoire crédible de réduction des déficits. Les économies ne doivent pas peser sur les plus vulnérables, mais plutôt sur les plus aisés, via une fiscalité plus progressive. Enfin, il doit abandonner les mesures qui alimentent les divisions politiques et sociales, comme les attaques contre les services publics ou les énergies renouvelables. La responsabilité du gouvernement est majeure, car ses choix détermineront l’avenir économique et politique du pays.

