NapseflowNapseflow
Environnement

La récolte du blé est affectée par les canicules et la sécheresse

Reporterre · mis à jour il y a 16 j

Partout en France, les champs de blé sont presque tous à ras : la sécheresse a forcé une moisson plus précoce. Trop de pluie cet hiver puis trop de sécheresse impliquant un déficit hydrique depuis le printemps ont entraîné un rendement plus faible.

Blé en danger

En 2022, la production de blé en France a chuté de 8,5 % par rapport à 2021, passant de 36,5 à 33,4 millions de tonnes. Cette baisse s’explique principalement par des épisodes de canicules et de sécheresse intenses qui ont frappé le pays pendant la période de croissance du blé, entre avril et juillet. Le blé est une céréale essentielle pour l’alimentation humaine et animale, ainsi que pour la fabrication de farine. Les canicules désignent des périodes de chaleur extrême, souvent supérieures à 35 °C, tandis que la sécheresse correspond à un manque prolongé de précipitations. Ces conditions climatiques ont perturbé le développement normal des plants de blé, réduisant leur rendement et leur qualité.

Rendements en baisse

Le rendement moyen du blé en France est tombé à 68 quintaux par hectare en 2022, contre 75 quintaux en 2021. Un quintal équivaut à 100 kilogrammes, ce qui signifie que chaque hectare (10 000 m²) a produit en moyenne 6 800 kg de blé en 2022, contre 7 500 kg l’année précédente. Cette diminution s’observe dans plusieurs régions françaises, notamment en Nouvelle-Aquitaine, où le rendement a baissé de 12 %, et en Grand Est, où la chute atteint 15 %. Les agriculteurs expliquent cette situation par des températures anormalement élevées en mai et juin, combinées à un déficit de pluie de 30 % sur la période de croissance du blé.

Conséquences économiques

La baisse de la production de blé a des répercussions économiques majeures. Le prix du blé tendre, utilisé pour la fabrication de farine, a augmenté de 25 % en 2022, passant de 220 € à 275 € la tonne. Cette hausse s’explique par la loi de l’offre et de la demande : une production réduite face à une demande stable ou en croissance entraîne une augmentation des prix. Les meuniers, qui transforment le blé en farine, et les boulangers sont directement touchés. Certains professionnels du secteur craignent une inflation sur les produits de base comme le pain, bien que l’impact reste limité pour l’instant. Les exportations françaises de blé, qui représentaient 15 millions de tonnes en 2021, ont également reculé de 10 % en 2022.

Adaptation des agriculteurs

Face à ces défis climatiques, les agriculteurs explorent des solutions pour limiter les impacts. Certains optent pour des variétés de blé plus résistantes à la sécheresse, comme le blé dur, qui nécessite moins d’eau. D’autres ajustent leurs pratiques culturales en semant plus tôt ou en utilisant des techniques d’irrigation plus efficaces. Cependant, ces adaptations ont un coût : l’irrigation peut représenter jusqu’à 30 % des charges d’exploitation pour certains agriculteurs. Par ailleurs, la sécheresse a réduit les stocks d’eau disponibles, limitant les possibilités d’irrigation dans certaines régions. Les agriculteurs soulignent aussi le besoin d’un soutien financier et technique pour faire face à ces changements.

Ce que ça pourrait changer

Cette crise du blé s’inscrit dans un contexte plus large de changement climatique. Selon les scientifiques, les épisodes de canicules et de sécheresse devraient se multiplier et s’intensifier en Europe dans les décennies à venir. Les projections indiquent que d’ici 2050, les rendements du blé pourraient diminuer de 20 % en France si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Les chercheurs du *Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat* (GIEC) alertent sur les risques pour la sécurité alimentaire mondiale. La France, premier producteur de blé en Europe, joue un rôle clé dans l’approvisionnement en céréales, ce qui rend la situation d’autant plus préoccupante.

Sujets complémentaires