Optimiser sa vie en fonction de ses hormones ? Une tendance misogyne
Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de contenus exploitent les fluctuations hormonales liées au cycle menstruel. Pour faire de l’humour ou livrer des conseils non sollicités sur l’alimentation ou la routine sportive à suivre.
Depuis 2026, les réseaux sociaux voient émerger des contenus qui exploitent les fluctuations hormonales liées au cycle menstruel, souvent sous forme d’humour ou de conseils non sollicités. Ces publications suggèrent par exemple des routines alimentaires ou sportives à adapter selon les phases du cycle. Le magazine britannique Dazed souligne que cette tendance renforce une vision essentialiste et genrée, selon laquelle les hommes et les femmes seraient fondamentalement différents en raison de l’appareil reproducteur féminin. L’article rappelle que le cycle menstruel dure en moyenne 28 jours et comprend quatre phases : la phase folliculaire, la phase ovulatoire, la phase lutéale et la phase menstruelle. Ces contenus, bien que parfois utiles pour certaines femmes, contribuent à réduire les femmes à leur biologie et à leurs hormones.
L’optimisation de soi, ou bio hacking, ne se limite plus à des pratiques comme le contrôle du sommeil ou la modification de l’apparence physique. En 2026, elle intègre désormais la gestion des hormones, notamment féminines, sous une forme teintée de technologie capitaliste. Le magazine Dazed explique que cette approche repose sur l’idée que les femmes devraient adapter leur vie quotidienne à leurs fluctuations hormonales pour être plus productives. Cette tendance s’appuie sur des concepts comme la clarté post-ovulatoire, un terme utilisé pour encourager les femmes à synchroniser leurs activités avec leur cycle. Cependant, ces recommandations sont souvent généralisantes et essentialistes, et visent à vendre des produits ou à promouvoir des idées rétrogrades.
Le problème principal réside dans le fait que des créateurs de contenus s’improvisent scientifiques et diffusent des conseils non validés sur la gestion des hormones. Ces contenus, souvent partagés sur des plateformes comme TikTok ou Instagram, encouragent les femmes à se fier à des outils technologiques pour optimiser leur vie. Le magazine Dazed évoque une forme de manipulation psychologique, où la perception du corps est faussée par des algorithmes ou des applications mobiles. Ces outils, présentés comme des solutions dernier cri, poussent les femmes à dépendre de technologies commercialisées à leur intention. Pourtant, les fluctuations hormonales varient considérablement d’une personne à l’autre, comme l’a rappelé le magazine Time en 2023.
L’article souligne que réduire les émotions et les comportements des femmes à leurs hormones revient à nier leur libre arbitre. Le magazine Dazed explique que cette tendance insinue que les hormones contrôlent les femmes, les présentant comme des êtres sans rationalité, gouvernés par leurs humeurs. Cette vision est qualifiée de misogyne car elle justifie des raisonnements binaires et une assignation des rôles strictement genrés. Elle s’inscrit dans une logique populiste de droite, qui promeut une structure traditionnelle de la famille. En 2026, cette tendance ravive des récits misogynes éculés, selon lesquels les femmes seraient moins compétentes que les hommes en raison de leurs cycles menstruels.
Si cette tendance peut apporter un soutien aux femmes souffrant de troubles endocriniens, comme le syndrome prémenstruel ou le trouble dysphorique prémenstruel, elle reste globalement problématique. Le magazine *Dazed* rappelle que les femmes ne sont pas à la merci de leur cycle et que cette vision essentialiste dessert les avancées féministes. L’article conclut que, même au nom de l’émancipation ou du bien-être, il est dangereux de croire que les facultés intellectuelles et physiques des femmes changent considérablement au cours du mois. Cette croyance réduit les femmes à leur corps et à leurs émotions, et perpétue des stéréotypes de genre. L’autrice, Éloïse Duval, appelle à une prise de conscience collective pour éviter de tomber dans ces pièges.

