La « Passe mobilité » du PQ creusera un trou d’au moins 77 millions $ par an
Le manque à gagner pour les sociétés de transport devra être épongé par un gouvernement du Parti québécois..
Le Parti québécois (PQ) propose une Passe mobilité à 95$ par mois pour tous les usagers des transports collectifs au Québec. Cette mesure permettrait aux utilisateurs de réaliser des économies importantes, surtout pour ceux habitant en banlieue. Par exemple, un usager de Montréal économiserait 15$ par mois, tandis qu’à Québec ou Lévis, l’économie serait de 20$. En banlieue, les économies pourraient atteindre 186$ par mois, comme à Saint-Hyacinthe. Cette baisse de tarif s’appliquerait uniquement aux usagers dont le titre de transport mensuel coûte actuellement plus de 95$.
La mise en place de la Passe mobilité entraînerait un manque à gagner d’au moins 77 millions de dollars par an pour les sociétés de transport collectif. Ce chiffre inclut uniquement les pertes liées aux titres mensuels dépassant 95$, comme ceux vendus par la Société de transport de Montréal (STM), le Réseau de transport de l’agglomération Longueuil (RTL) ou la Société de transport de Laval (STL). À cela s’ajouterait un impact financier pour les transporteurs interurbains par autocar, qui devraient aussi offrir un rabais. Le PQ n’avait pas révélé ces chiffres avant leur publication par Radio-Canada, qui a obtenu des données inédites auprès des sociétés de transport.
Les réseaux de transport comme l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) ou le Réseau de transport de la Capitale (RTC) verraient leurs revenus chuter en raison de la Passe mobilité. Par exemple, la zone A (Montréal et banlieue proche) perdrait 29 millions de dollars, tandis que la zone AB (banlieue plus éloignée) subirait un manque à gagner de 21,7 millions de dollars. Ces pertes sont majeures, car elles représentent une part significative des budgets de ces organisations, déjà souvent en déficit. Pierre Barrieau, expert en planification des transports, souligne que ces montants pourraient forcer les sociétés à réduire leurs services ou à augmenter leurs tarifs ailleurs pour compenser.
La Passe mobilité risquerait d’attirer un afflux massif de nouveaux usagers, surtout en banlieue, où les économies sont les plus importantes. Or, les réseaux sont déjà saturés aux heures de pointe. Pierre Barrieau explique qu’un nouvel autobus coûte environ 1 million de dollars, et que l’achat de nouveaux véhicules, l’agrandissement des stationnements incitatifs ou des garages seraient nécessaires. Ces investissements supplémentaires pourraient doubler les déficits d’exploitation, car les nouveaux usagers utiliseraient des lignes déjà pleines. Par exemple, les autobus reliant Saint-Jean-sur-Richelieu à Montréal sont déjà bondés avant même l’ajout de passagers.
Le PQ reconnaît que la Passe mobilité entraînera un manque à gagner et une hausse de la fréquentation, mais promet de combler ces pertes. Le parti s’engage à augmenter les investissements dans le Plan québécois des infrastructures et à négocier une nouvelle entente avec les villes et les sociétés de transport. L’objectif est d’améliorer l’offre de services pour éviter les manques à gagner et répondre à la demande accrue. Emmanuel Renaud, attaché de presse du PQ, précise que ces mesures visent aussi à lutter contre la congestion routière en encourageant l’usage des transports collectifs.
Pierre Barrieau, spécialiste en planification des transports, salue l’objectif de favoriser les transports collectifs, mais critique la stratégie du PQ. Selon lui, **baisser les tarifs n’est pas la solution la plus efficace** pour augmenter le nombre de passagers. La littérature scientifique montre qu’investir dans l’amélioration du service (fréquence, couverture, confort) est plus rentable. De plus, il craint que cette mesure n’encourage l’*étalement urbain*, car le tarif unique à 95$ rend les trajets en banlieue aussi avantageux qu’au centre-ville, incitant à s’éloigner des pôles d’emploi et d’activités.

