En Indonésie, le pouvoir d’achat se mesure avec une portion de poulet frit
Combien de minutes faut-il travailler pour s’offrir du poulet frit ? En adaptant le célèbre indice Big Mac à ce plat populaire, le quotidien “Kompas” met en lumière les écarts de pouvoir d’achat entre 34 villes de l’archipel..
En Indonésie, le quotidien Kompas a créé un indice du poulet frit pour mesurer les inégalités de pouvoir d’achat à travers le pays. Cet indice analyse le prix d’une portion de poulet frit dans 34 villes entre 2023 et 2025. L’idée s’inspire du Big Mac Index, un outil économique développé par le magazine britannique The Economist en 1986. Ce dernier utilise le prix d’un hamburger pour comparer le pouvoir d’achat entre pays en appliquant le concept de parité de pouvoir d’achat (PPA). La PPA permet de comparer le coût d’un panier de biens et services entre différentes zones géographiques, en tenant compte des différences de niveaux de prix. Par exemple, si un Big Mac coûte 5 € en France et 3 € au Mexique, cela suggère que le peso mexicain a un pouvoir d’achat plus élevé pour ce produit spécifique.
Le choix du poulet frit comme référence en Indonésie s’explique par sa popularité dans l’archipel, bien plus grande que celle d’un hamburger de McDonald’s. Ce plat est largement consommé et représente un en-cas accessible dans de nombreuses régions. L’indice compare le prix d’une portion de poulet frit, vendue entre 25 000 et 35 000 roupies indonésiennes (soit environ 1,20 € à 1,70 €), avec les salaires minimums locaux. Par exemple, à Kupang, dans l’ouest de l’île de Timor, il faut 108 minutes de travail pour gagner assez d’argent pour s’offrir une portion, contre 39 minutes à Jakarta et 19 minutes à Banjarmasin, dans le Kalimantan du Sud. Ces écarts révèlent des différences majeures de pouvoir d’achat entre les régions.
L’indice du poulet frit met en lumière des disparités régionales importantes en Indonésie. À Kupang, une portion coûte jusqu’à un quart du revenu journalier d’un habitant, ce qui en fait un petit luxe, tandis qu’à Jakarta, elle représente un en-cas plus abordable. Ces différences s’expliquent par plusieurs facteurs : les écarts de salaires entre les villes, les coûts d’approvisionnement plus élevés dans les zones éloignées des grands centres de production et des réseaux logistiques, ainsi que la dépréciation de la roupie indonésienne face au dollar. Cette dépréciation alourdit le coût des produits importés et des intrants nécessaires à la production locale, ce qui contribue à la hausse des prix des denrées alimentaires.
Entre 2023 et 2025, l’indice révèle une hausse des prix des denrées alimentaires par rapport aux salaires en Indonésie. Dans certaines villes, le temps de travail nécessaire pour s’offrir une portion de poulet frit a plus que doublé. Cette tendance reflète une inflation persistante et une pression accrue sur le pouvoir d’achat des Indonésiens. Par exemple, le prix d’une portion, initialement entre 1,20 € et 1,70 €, peut représenter une part plus importante du budget des ménages, surtout dans les régions où les salaires sont bas. Cette situation illustre les défis économiques auxquels font face les habitants, notamment dans les zones rurales ou éloignées des grands pôles économiques.
L’indice du poulet frit s’ajoute à une liste d’outils similaires utilisés pour comparer les pouvoirs d’achat à l’échelle mondiale. Le *Big Mac Index* reste le plus connu, mais d’autres variantes existent, comme l’indice du *latte de Starbucks*, des bibliothèques *Billy* d’*Ikea* ou encore des produits *Apple*. Ces indices permettent de visualiser les écarts de coût de la vie entre pays ou régions. Par exemple, la banque suisse *UBS* a utilisé le Big Mac Index pour comparer les salaires en calculant le temps de travail nécessaire pour acheter un hamburger. Ces outils offrent une approche concrète et accessible pour évaluer les inégalités économiques, même s’ils restent des approximations limitées.

