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Le secret de Jonathan, l’animal terrestre le plus vieux du monde

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

À 194 ans, la tortue porte des versions uniques de gènes liés à la longévité..

Jonathan, tortue centenaire

Jonathan est une tortue géante d’Aldabra (Aldabrachelys gigantea), âgée d’environ 194 ans, ce qui en fait l’animal terrestre le plus vieux du monde connu. Elle vit sur l’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, où Napoléon fut exilé en 1815. Cette tortue est exceptionnellement âgée : elle dépasse de 100 ans les membres les plus âgés de son espèce. Pour étudier les mécanismes de sa longévité, des scientifiques ont analysé son génome et son épigénome, mais n’ont pu prélever de sang pour des raisons de santé. Ils ont donc récupéré des cellules buccales en grattant ses joues, une méthode moins invasive. Ces cellules ont permis de séquencer son ADN et d’étudier les modifications chimiques appelées méthylation, qui influencent l’expression des gènes sans en changer la séquence.

Gènes clés de longévité

Les chercheurs ont identifié des versions uniques de plusieurs gènes chez Jonathan, impliqués dans des processus biologiques liés au vieillissement. Parmi eux, des gènes associés à la réparation de l’ADN, à la régulation de l’insuline, au fonctionnement des mitochondries (organites cellulaires produisant l’énergie), au maintien des télomères (capuchons protecteurs aux extrémités des chromosomes) et à l’autophagie (mécanisme de recyclage des molécules endommagées). Jonathan possède aussi plusieurs copies du gène de la perforine, une protéine qui aide à éliminer les cellules vieillissantes ou abîmées. Cependant, les scientifiques soulignent que ces observations ne prouvent pas encore un lien direct avec sa longévité, mais ouvrent des pistes de recherche.

Épigénome et méthylation

L’épigénome de Jonathan a révélé une entropie de méthylation plus élevée que chez une tortue juvénile de 5 ans, sauf près de certains gènes spécifiques. L’entropie de méthylation désigne un dérèglement aléatoire des modifications chimiques (méthylation) qui s’accumule avec l’âge. Chez Jonathan, cette entropie est comparable à celle d’une tortue jeune dans les régions promotrices (zones en amont des gènes contrôlant leur activation) de gènes liés aux mitochondries, à la réparation de l’ADN et à la maturation de l’ARN (molécule intermédiaire entre l’ADN et les protéines). Cela suggère que ces gènes restent actifs comme chez un individu jeune, ce qui pourrait expliquer sa longévité.

Mitochondries et énergie cellulaire

Les mitochondries sont essentielles car elles produisent l’énergie nécessaire au fonctionnement des cellules. Lorsqu’elles fonctionnent mal, elles génèrent des espèces réactives de l’oxygène (ERO), des molécules instables qui endommagent l’ADN et d’autres composants cellulaires. Jonathan semble maintenir une fonction mitochondriale efficace, limitant ainsi la production d’ERO et les dommages associés. Les chercheurs citent une étude sur une femme de 117 ans, la doyenne de l’humanité, qui présentait aussi une fonction mitochondriale exceptionnelle. Ces observations soulignent l’importance des mitochondries dans le vieillissement.

Ce que ça pourrait changer

Les chercheurs ont identifié des variants génétiques chez Jonathan qui pourraient être liés à sa longévité, mais ils n’ont pas encore déterminé leur impact réel sur les mécanismes de réparation de l’ADN, la fonction mitochondriale ou la gestion des télomères. Frédérick Antoine Mallette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en épigénétique du vieillissement et du cancer, souligne que ces résultats proviennent d’un seul individu et qu’il faudrait des études statistiques plus larges pour établir des corrélations solides. À long terme, ces découvertes pourraient aider à comprendre comment moduler ces voies biologiques, mais cela relève encore de la science-fiction selon lui.

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