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Géopolitique

Comment les sécheresses favorisent le développement de certaines maladies infectieuses

Courrier International · mis à jour il y a 4 j

Les sécheresses favorisent certains pathogènes et sont à l’origine du déclenchement d’épidémies. Des chercheurs explorent cette observation contre-intuitive et tentent de comprendre les mécanismes à l’œuvre pour améliorer la prévention..

Sécheresse et maladies

Les sécheresses, souvent perçues comme un phénomène naturel limitant la propagation des maladies infectieuses, peuvent en réalité favoriser le développement de certaines d’entre elles. Ce paradoxe s’explique par des mécanismes écologiques et biologiques complexes. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’absence d’eau ne fait pas toujours disparaître les pathogènes. Par exemple, des maladies comme le choléra, la fièvre du Nil occidental ou la dengue voient parfois leur incidence augmenter lors des périodes de sécheresse, alors que d’autres infections, comme la schistosomiase (une maladie parasitaire tropicale causée par un ver) ou le paludisme, diminuent fortement. Ce phénomène a été observé et documenté par des chercheurs comme Tara Stewart Merrill, du Cary Institute of Ecosystem Studies à New York, et Pieter Johnson, de l’université du Colorado à Boulder, qui ont analysé une centaine d’études pour comprendre ces mécanismes.

Points d’eau et pathogènes

Les points d’eau stagnante, comme les étangs ou les lacs, sont souvent considérés comme des milieux propices à la prolifération des agents pathogènes. Cependant, lors des sécheresses, ces mêmes points d’eau se réduisent à de petites flaques ou disparaissent, ce qui peut paradoxalement favoriser certaines maladies. En effet, la concentration des pathogènes dans un volume d’eau plus restreint augmente leur densité, facilitant leur transmission. De plus, les animaux et les humains se regroupent autour des rares points d’eau restants, ce qui intensifie les contacts et les risques de contamination. Les chercheurs ont également noté que certains pathogènes, comme ceux responsables du choléra, survivent mieux dans des environnements pauvres en eau mais riches en nutriments, souvent présents dans les sols asséchés.

Mécanismes de survie

Pour expliquer ce paradoxe, les scientifiques ont identifié plusieurs mécanismes par lesquels les pathogènes survivent ou prospèrent en période de sécheresse. Certains agents infectieux, comme les bactéries responsables du choléra (Vibrio cholerae), forment des structures de résistance appelées biofilms qui leur permettent de survivre dans des conditions hostiles. D’autres, comme les moustiques vecteurs de la dengue ou du paludisme, voient leur cycle de reproduction perturbé, mais certains peuvent se reproduire plus rapidement dans des environnements temporaires créés par les pluies intermittentes après une sécheresse. Ces mécanismes ont été détaillés dans une étude publiée en 2026 dans la revue Trends in Ecology & Evolution, qui compile des données issues de recherches menées dans différentes régions du monde.

Conséquences sanitaires

Les conséquences sanitaires de ce phénomène sont significatives, surtout dans les régions déjà vulnérables aux maladies infectieuses. Les sécheresses prolongées, souvent associées au changement climatique, exacerbent les risques épidémiques dans des zones où les systèmes de santé sont déjà fragiles. Par exemple, des épidémies de choléra ont été observées dans des régions d’Afrique et d’Asie après des périodes de sécheresse, en raison de la concentration des populations autour des points d’eau restants et de la contamination accrue de ces ressources. Les chercheurs soulignent l’importance de mieux comprendre ces dynamiques pour améliorer les stratégies de prévention et de surveillance, notamment en anticipant les risques liés aux variations climatiques.

Ce que ça pourrait changer

Face à ce défi, des équipes de recherche, comme celles dirigées par Tara Stewart Merrill et Pieter Johnson, travaillent à identifier les facteurs clés qui rendent certaines maladies plus sensibles aux sécheresses. Leur objectif est de développer des modèles prédictifs permettant d’anticiper les épidémies et d’adapter les mesures de prévention. Par exemple, des campagnes de sensibilisation ciblées pourraient être mises en place pour informer les populations des risques accrus lors des périodes de sécheresse, ou encore renforcer la surveillance des points d’eau restants. Ces travaux s’inscrivent dans une approche plus large visant à intégrer les enjeux climatiques dans les stratégies de santé publique, afin de mieux protéger les populations vulnérables.

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