L’IA comme coparent, une fausse bonne idée ?
De plus en plus de mères utilisent l’intelligence artificielle pour gérer courses, planning et activités des enfants. Si ces outils promettent de réduire la charge mentale, ils révèlent une nouvelle fois combien celle-ci repose encore sur les femmes..
De plus en plus de mères utilisent des outils d'intelligence artificielle (IA) comme Claude ou ChatGPT pour les aider dans leur rôle de parent. Ces assistants numériques permettent de gérer des tâches quotidiennes comme dresser des listes de courses, organiser le planning des enfants ou analyser les dépenses à partir des tickets de caisse. Par exemple, une mère interrogée par Wired explique que l'envoi de ses tickets de caisse à l'IA lui permet de mieux identifier ses dépenses superflues. Ces outils sont présentés par les entreprises comme une solution pour alléger la charge mentale des parents, notamment des mères, souvent surchargées par les responsabilités domestiques.
Malgré une amélioration ces cinquante dernières années, les femmes assument encore la majorité des tâches liées à la parentalité et au foyer. En 2025, selon une enquête de l'American Time Use Survey, les pères d'enfants de 5 ans ou moins consacraient en moyenne 1,7 heure par jour à leur éducation, contre 2,8 heures pour les mères. L'arrivée de l'IA dans les foyers ne semble pas remettre en cause cette répartition inégale. Les entreprises de technologie présentent ces outils comme une solution, mais leur utilisation reste limitée par le manque de temps des parents les plus surchargés, souvent des mères, qui les perçoivent comme une énième tâche à ajouter à leur liste déjà débordante.
L'histoire des innovations technologiques dans les foyers montre que celles-ci ne résolvent pas toujours les inégalités sociales sous-jacentes. Par exemple, l'arrivée du lave-linge ou de l'aspirateur n'a pas réduit la charge des femmes, mais a plutôt élevé les normes de propreté et accru leurs responsabilités. De même, l'IA pourrait reproduire ce schéma en ciblant principalement les ménages aisés et instruits. Bloomberg souligne que les premiers utilisateurs de ces outils seraient surtout des femmes riches capables de déléguer leur travail cognitif, creusant ainsi les écarts entre les classes sociales.
L'utilisation de l'IA comme *coparent* soulève des questions sur la répartition des rôles au sein des familles. Les entreprises de technologie mettent en avant des gains de temps pour les mères, mais des voix comme celle de *Wired* s'interrogent : *Où sont donc les pères ?* Les statistiques montrent que leur implication a augmenté, mais reste insuffisante pour équilibrer la charge. Par ailleurs, des médias comme *Time* rappellent que les nouvelles technologies ont souvent renforcé les attentes envers les femmes plutôt que de les libérer. Ce débat s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'évolution des modèles familiaux et l'équité dans la répartition des tâches.

